LE FRÉMISSEMENT DU MONDE

d'après les textes d'Edouard Glissant

Une création d'Isabelle Fruleux.


À travers mon premier spectacle, j’avais envie de parler de liberté. De celle qu’on prend en reconnaissant ce que l’on est, et en la vivant pleinement. Rainer Maria Rilke avait voué sa vie à l’écriture poétique, n’acceptant de contrainte que pour mieux en servir l’expression. En femme émancipée, Lou Andréas-Salomé ne s’est mise au service que de ses propres exigences; ensemble, ils ont créé une forme de relation amoureuse, en dehors des normes et des chemins balisés. J’ai mis en dialogue leurs mots avec la musique et les sons. «Dans le regard de Lou» était ma première création théâtrale.
Il s’agit encore de liberté dans les poèmes d’Edouard Glissant. Mais cette fois, plus seulement à hauteur d’individu car, comme il le dit lui-même :
«Désormais, l’environnement des littératures et de l’art, c’est le monde, dans sa totalité».
Or ce monde est en passe de reconnaître pleinement son histoire.
L’étendue du champ des possibles dans l’interprétation de la poésie moderne offre un terrain de jeu extrêmement fertile, mais dans cet espace ouvert, il m’a semblé essentiel de ne pas faire l’économie de ce que je suis, de ce que je sens et de ce qui m’entoure. Le fait d’être issue d’origines aussi diverses que le nord de la France, la Martinique et la Chine, et d’avoir un imaginaire où se côtoient et s’entretiennent des auteurs comme Haruki Murakami, Amadou Hampâté Bâ, Tchékhov ou Shakespeare, est tout simplement une expression du monde tel qu’il se construit et se déconstruit à l’heure actuelle.Une expression, parmi tant d’autres, du processus de Créolisation.La virtualité du langage, en action dans la poésie d’Edouard Glissant, permet d’écouter le monde sans les définitions et délimitations qui ne peuvent plus le contenir et encore moins le représenter. “Je dis que la poésie est chair“ et pour pénétrer sa vibration, la matérialiser, j’ai retrouvé le clarinettiste Thomas Savy, mon compagnon de traversée, mon double dans le prolongement du mot. Nous nous rejoignons dans une implication essentielle. Le musicien s’offre tout autant dans un lyrisme rauque que dans la présence la plus dénudée, loin de tout illusionnisme.
Ensemble, et chaque soir renouvelée, nous ferons l’expérience de vivre la poésie d’Edouard Glissant dans notre chair et dans nos souffles.Ensemble, nous proposons, avec «Le frémissement du monde», un phonateur à la poésie d’Edouard Glissant, afin d’écouter et de transmettre l’onde des sens qui la parcourt.
Il s’agit d’un montage d'extraits de poèmes librement choisis dans l’œuvre d’Edouard Glissant.
Une comédienne et un musicien donneront chair et vibrations à la poésie, chantier de la pensée.


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