dimanche 1 mai 2022

LETTRES À SAMIRA de Yassin Al haj Saleh



« Ton absence me féminise grâce à cette expérience féminine » 

En souvenir du festival La voix est libre et en préparation de POURPRE, mon projet sur les textes de Souad Labbize, voici une lecture d’extraits de 

LETTRES À SAMIRA 

de Yassin Al Haj Saleh. 

Le recueil est traduit par Souad Labbize, aux Éditions des Lisières. 


 

mercredi 19 janvier 2022

Pensée pour Chantal Akerman : Faire de la place au temps

 https://youtu.be/8pSNOEYSIlg


Je me souviens d’un moment estival, juste après le repas que j’avais préparé dans la matinée, juste après le ménage qui était juste après le petit déjeuner que j’avais servi tout en dressant la liste des courses, bon, des vacances normales en famille, donc en faisant la vaisselle du déjeuner, j’écoutais la radio tout en me disant qu’il me fallait trouver du temps pour travailler. Idée qui emmerdait bien tout le monde puisqu’elle électrisait l’ambiance qui devait être insouciante, douce et reposante, bref, je tends l’oreille à cette voix de fumeuse acharnée qui, répondant à la question de comment lui viennent ses projets en tête, disait en somme qu’elle ne faisait rien, surtout rien. Et que laisser le temps s’écouler en étant attentive à son propre rythme et en ne fuyant pas l’angoisse du vide, permettait aux idées de faire leur chemin à partir d’une expérience vraiment intime et singulière. Ce que disait là Chantal Akerman était lumineux, évident, mais cela me paraissait bien complexe à mettre en œuvre…Où le trouver ce temps, comment m’y prendre ? Il fallait désorganiser les choses, déstructurer le quotidien, celui si bien organisé pour pouvoir tout faire, et tenir à distance tout ce qui comble les brèches propices au recul, à l’observation ou pire : au constat, au choc qui vous fait ne jamais revenir comme pendant la fameuse heure en trop de Jeanne Dielman. 


Incroyable, mais quelques mois plus tard Chantal Akerman demandait à me rencontrer. Ce moment qui ne devait pas dépasser la demi-heure a fait péter le cadrage temporel. Nous nous sommes mises à se parler sur-le-champ, à explorer sur-le-champ, à ne plus compter sur-le-champ. Un moment de vie d’une grande intensité pour moi. Nous étions là, pleinement, et nous nous sommes dit que nous allions faire quelque chose de ce qui venait de naitre. L’une des plus belles rencontres de ma vie. Puis beaucoup de choses se sont obscurcies dans la sienne, chienne de vie, et elle a préféré partir. J’ai été incapable de dire quoi que ce soit à l’annonce de son décès et je ne sais toujours pas comment le dire mais bon, j’ai été immensément triste. J’ai pensé à elle en faisant HYMNE qui parle aussi du temps qui parait toujours trop long quand on veut ne pas rester en surface des choses, particulièrement face à sa marchandisation qui pousse à l’optimisation de chaque geste. « Lenteur » essentielle et accélération imposées, un piège qui fut fatal à Jimi Hendrix… Mais je vous raconte tout ça parce que je suis rarement ici ces temps-ci à cause de cet espace-temps de préparation que je laisse épaissir. Il me fera revenir sur scène en duo avec Kamilya Jubran, sur les textes de Souad Labbize, et avec d’autres projets dont je vous parlerai bientôt. 


Alors chemin faisant, je vous souhaite une 2022 à votre tempo, nourrie de vos inspirations au nombre de vos « moi », au cas où cela nous serait utile, contre vents et marécages montants, de commencer par prendre place dans nos vies.


dimanche 27 juin 2021

HYMNE à IVRY le 6 juillet 2021

HYMNE

Mardi 06 juillet à 19h


Isabelle Fruleux est-elle devenue un peu ivryenne sans qu’on y prenne garde, avec trois créations dans nos murs à son actif ? Vitezienne du moins, car c’est bien au Théâtre de la rue Dereure que cette bordelaise qui a des origines partout a fabriqué en janvier 2020 ce nouvel opus, adapté du roman éponyme de Lydie Salvayre. Il était promis à une belle tournée, qui fut presque intégralement annulée (on sait pourquoi). Mais il reprend la route, et nous nous devions de relancer la carrière de ce spectacle qui nous tient à cœur.

Hymne relate ce qui fut en jeu derrière l’interprétation magistrale de Jimi Hendrix à Woodstock du chant patriotique étatsunien The Star-Spangled Banner. En pleine guerre du Vietnam, mêlant les accents martiaux à des sons stridents semblables à des bombardements, cet instant artistique symbolise pour l’autrice toute la force contestataire du musicien un peu blanc, un peu noir, un peu indien au pays de la ségrégation, un musicien libre au pays de l’industrie du divertissement. Accompagnée par les compositions originales du cubain Felipe Cabrera, ici interprété par Vladimir Médail à la guitare et Christophe Borilla à la basse, Isabelle Fruleux persiste à propager les voix du Tout-monde chères à Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau, dont elle se fit l’interprète. Le spectacle prendra ensuite la route pour Avignon, sous les bons auspices de notre magique technicien son Claude Valentin, et nous retrouverons Isabelle en 2022 pour une nouvelle création. ”



samedi 22 mai 2021

Edouard Glissant - LES INDES

 #22 mai 1848  

« Voici la plage, la nouvelle. Et elle avance pesamment dans la marée,

La mer ! ô la voici, épouse, à la proue, délaissant l’ancre.

Elle roule, très unie : sur sa route non-saccagée. » Edouard Glissant - LES INDES

 

 «  Ô dans les siècles de ces siècles, plus éternels que la parole des Pythies,

Ainsi les ai-je vus, nombreux parmi les pousses et les ronces.

L’histoire les oublie, car ils sont morts de ce côté du monde où le soleil décline.

Je les appelle sur la plage, auprès de ceux partis, mais qui demeurent cependant.

Ils sont les Conquérants de la nuit nue. Ouvrez les portes et sonnez pour les héros sombres. La mer

Les accueille parmi ses fils, le soleil se lève sur le souffle de leur âme.

Ils s’appellent, fameux et oubliés, qui résistèrent au nocher des caravelles. » Edouard Glissant - LES INDES







samedi 24 avril 2021

INVITATION professionnelle HYMNE

 


Dans le cadre de la résidence hors les murs 
du Glob Théâtre, Scène d’Interêt national Art et Culture, 
en partenariat avec l’Iddac,
 La compagnie Loufried 
vous invite à la sortie de résidence réservée aux professionnel.le.s 

 le 7 mai à 11h à la Manufacture CDCN Bordeaux

sur réservation en suivant le lien ci-dessous :

Sortie de résidence 
réservée aux professionnel.le.s
 
suivie d’un échange avec 
Lydie Salvayre et Isabelle Fruleux



« On dit que la voix d’Orphée faisait miraculeusement se coucher les bêtes. Le cri de Hendrix fit tomber en un instant, ce matin du 18 août 1969, à Woodstock, des murs entiers d’indifférence et d’amnésie. »

Coproductions : Théâtre Antoine Vitez Scène d’Ivry, Compagnie Loufried
Aides à la résidence : Spedidam, iddac, Glob Théâtre, La Manufacture CDCN
Soutiens : SACD, Musée d’Aquitaine, La Machine à lire
Résidences : Théâtre Antoine Vitez Scène d’Ivry, résidence du Glob Théâtre scène conventionnée d’interêt national Art 
et Création hors les murs à La Manufacture CDCN
Adaptation - Mise en scène - Voix Isabelle Fruleux
Compositions Felipe Cabrera / Basse Christophe Borilla / Guitare Vladimir Médail
Scénographie - Lumière David Antore / Costumes Coline Dalle / Son Claude Valentin
Scénographie vidéo Annabelle Brunet - Carl Carniato / Teaser Carl Carniato / Photos ©Stella Lannitto

- Cie Loufried 2021 - http://compagnieloufried.free.fr

mardi 23 mars 2021

Printemps des Poètes avec Aimé Césaire : Fraternité(s) Miraculeuse(s)

                               Le 27 mars, nous fêterons le Printemps des Poètes à Valenton ! 

Les Armes miraculeuses, dont s’inspire ce duo avec Thomas Savy à la clarinette basse, est un recueil de poèmes écrits par Aimé Césaire pendant la seconde guerre mondiale. Césaire passera la majorité de cette période à la Martinique où il enseignera les lettres.Avec Susanne, son épouse, et des intellectuels martiniquais, il y fondera la revue littéraire Tropiques dans laquelle paraitront d’abord ces poèmes qui fustigent le fascisme et le colonialisme. Le message véhiculé étant sans concession avec le régime en cours, la gageure pour Césaire est de contourner la censure. Cette dernière est d’autant plus intolérante que la Martinique est alors sous le contrôle de Vichy représenté par l’amiral Robert. Pour parvenir à publier, Césaire utilisa le mode d’expression surréaliste comme d’un code. Touchant à l’orfèvrerie, le déploiement lexical y est tout aussi précis que recherché. Les sonorités et les rythmiques qui jalonnent la versification y sont définies comme une matière scénographique, autant propice à la projection mentale qu’à l’exploration sensorielle. André Breton, rencontré en 1941, ne s’y trompera pas. Il écrira la préface du Cahier d’un retour au pays natal , dans laquelle il désignera Césaire comme grand poète, notamment en ces termes : 

« la poésie de Césaire, comme toute grande poésie et tout grand art, vaut au plus haut point par le pouvoir de transmutation qu’elle met en oeuvre et qui consiste, à partir des matériaux les plus déconsidérés (…) à produire la liberté » 


La transmutation est en effet un thème récurrent dans Les Armes miraculeuses et se trouve particulièrement figurer dans Les pur-Sang. Dans ce  poème se développe une dramaturgie sous la forme d’un récit introspectif qui s’étend en volutes ou s’égraine en saccades. À travers un alliage de mots et de musique, Thomas Savy et moi-même suivrons le fil de cette exploration. Alors qu’une descente dans la psyché du poète semble s’y opérer, c’est en réalité l’avènement progressif d’une conscience de l’humain qui, depuis son essence indivisible, est menée vers une nouvelle ère. Comme Césaire le dit clairement dans son Discours sur la Négritude, il s’agit de ne plus « couper l’homme de lui-même, couper l’homme de ses racines, couper l’homme de l’univers, couper l’homme de l’humain ». Une renaissance symbolisée par une effusion végétale qui prolonge l’humain. Le poète y célèbre un terreau commun, fruit d’un combat intraitable pour la fraternité.


« Mes pieds vont le vermineux cheminement 

plante 

mes membres ligneux conduisent d’étranges sèves 

plante plante 

et je dis 

et ma parole est paix 

et je dis et ma parole est terre 

et je dis 

et la Joie 

éclate dans le soleil nouveau » 

Aimé Césaire - Les Pur-sang - extrait