dimanche 27 juin 2021

HYMNE à IVRY le 6 juillet 2021

HYMNE

Mardi 06 juillet à 19h


Isabelle Fruleux est-elle devenue un peu ivryenne sans qu’on y prenne garde, avec trois créations dans nos murs à son actif ? Vitezienne du moins, car c’est bien au Théâtre de la rue Dereure que cette bordelaise qui a des origines partout a fabriqué en janvier 2020 ce nouvel opus, adapté du roman éponyme de Lydie Salvayre. Il était promis à une belle tournée, qui fut presque intégralement annulée (on sait pourquoi). Mais il reprend la route, et nous nous devions de relancer la carrière de ce spectacle qui nous tient à cœur.

Hymne relate ce qui fut en jeu derrière l’interprétation magistrale de Jimi Hendrix à Woodstock du chant patriotique étatsunien The Star-Spangled Banner. En pleine guerre du Vietnam, mêlant les accents martiaux à des sons stridents semblables à des bombardements, cet instant artistique symbolise pour l’autrice toute la force contestataire du musicien un peu blanc, un peu noir, un peu indien au pays de la ségrégation, un musicien libre au pays de l’industrie du divertissement. Accompagnée par les compositions originales du cubain Felipe Cabrera, ici interprété par Vladimir Médail à la guitare et Christophe Borilla à la basse, Isabelle Fruleux persiste à propager les voix du Tout-monde chères à Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau, dont elle se fit l’interprète. Le spectacle prendra ensuite la route pour Avignon, sous les bons auspices de notre magique technicien son Claude Valentin, et nous retrouverons Isabelle en 2022 pour une nouvelle création. ”



samedi 22 mai 2021

Edouard Glissant - LES INDES

 #22 mai 1848  

« Voici la plage, la nouvelle. Et elle avance pesamment dans la marée,

La mer ! ô la voici, épouse, à la proue, délaissant l’ancre.

Elle roule, très unie : sur sa route non-saccagée. » Edouard Glissant - LES INDES

 

 «  Ô dans les siècles de ces siècles, plus éternels que la parole des Pythies,

Ainsi les ai-je vus, nombreux parmi les pousses et les ronces.

L’histoire les oublie, car ils sont morts de ce côté du monde où le soleil décline.

Je les appelle sur la plage, auprès de ceux partis, mais qui demeurent cependant.

Ils sont les Conquérants de la nuit nue. Ouvrez les portes et sonnez pour les héros sombres. La mer

Les accueille parmi ses fils, le soleil se lève sur le souffle de leur âme.

Ils s’appellent, fameux et oubliés, qui résistèrent au nocher des caravelles. » Edouard Glissant - LES INDES







samedi 24 avril 2021

INVITATION professionnelle HYMNE

 


Dans le cadre de la résidence hors les murs 
du Glob Théâtre, Scène d’Interêt national Art et Culture, 
en partenariat avec l’Iddac,
 La compagnie Loufried 
vous invite à la sortie de résidence réservée aux professionnel.le.s 

 le 7 mai à 11h à la Manufacture CDCN Bordeaux

sur réservation en suivant le lien ci-dessous :

Sortie de résidence 
réservée aux professionnel.le.s
 
suivie d’un échange avec 
Lydie Salvayre et Isabelle Fruleux



« On dit que la voix d’Orphée faisait miraculeusement se coucher les bêtes. Le cri de Hendrix fit tomber en un instant, ce matin du 18 août 1969, à Woodstock, des murs entiers d’indifférence et d’amnésie. »

Coproductions : Théâtre Antoine Vitez Scène d’Ivry, Compagnie Loufried
Aides à la résidence : Spedidam, iddac, Glob Théâtre, La Manufacture CDCN
Soutiens : SACD, Musée d’Aquitaine, La Machine à lire
Résidences : Théâtre Antoine Vitez Scène d’Ivry, résidence du Glob Théâtre scène conventionnée d’interêt national Art 
et Création hors les murs à La Manufacture CDCN
Adaptation - Mise en scène - Voix Isabelle Fruleux
Compositions Felipe Cabrera / Basse Christophe Borilla / Guitare Vladimir Médail
Scénographie - Lumière David Antore / Costumes Coline Dalle / Son Claude Valentin
Scénographie vidéo Annabelle Brunet - Carl Carniato / Teaser Carl Carniato / Photos ©Stella Lannitto

- Cie Loufried 2021 - http://compagnieloufried.free.fr

mardi 23 mars 2021

Printemps des Poètes avec Aimé Césaire : Fraternité(s) Miraculeuse(s)

                               Le 27 mars, nous fêterons le Printemps des Poètes à Valenton ! 

Les Armes miraculeuses, dont s’inspire ce duo avec Thomas Savy à la clarinette basse, est un recueil de poèmes écrits par Aimé Césaire pendant la seconde guerre mondiale. Césaire passera la majorité de cette période à la Martinique où il enseignera les lettres.Avec Susanne, son épouse, et des intellectuels martiniquais, il y fondera la revue littéraire Tropiques dans laquelle paraitront d’abord ces poèmes qui fustigent le fascisme et le colonialisme. Le message véhiculé étant sans concession avec le régime en cours, la gageure pour Césaire est de contourner la censure. Cette dernière est d’autant plus intolérante que la Martinique est alors sous le contrôle de Vichy représenté par l’amiral Robert. Pour parvenir à publier, Césaire utilisa le mode d’expression surréaliste comme d’un code. Touchant à l’orfèvrerie, le déploiement lexical y est tout aussi précis que recherché. Les sonorités et les rythmiques qui jalonnent la versification y sont définies comme une matière scénographique, autant propice à la projection mentale qu’à l’exploration sensorielle. André Breton, rencontré en 1941, ne s’y trompera pas. Il écrira la préface du Cahier d’un retour au pays natal , dans laquelle il désignera Césaire comme grand poète, notamment en ces termes : 

« la poésie de Césaire, comme toute grande poésie et tout grand art, vaut au plus haut point par le pouvoir de transmutation qu’elle met en oeuvre et qui consiste, à partir des matériaux les plus déconsidérés (…) à produire la liberté » 


La transmutation est en effet un thème récurrent dans Les Armes miraculeuses et se trouve particulièrement figurer dans Les pur-Sang. Dans ce  poème se développe une dramaturgie sous la forme d’un récit introspectif qui s’étend en volutes ou s’égraine en saccades. À travers un alliage de mots et de musique, Thomas Savy et moi-même suivrons le fil de cette exploration. Alors qu’une descente dans la psyché du poète semble s’y opérer, c’est en réalité l’avènement progressif d’une conscience de l’humain qui, depuis son essence indivisible, est menée vers une nouvelle ère. Comme Césaire le dit clairement dans son Discours sur la Négritude, il s’agit de ne plus « couper l’homme de lui-même, couper l’homme de ses racines, couper l’homme de l’univers, couper l’homme de l’humain ». Une renaissance symbolisée par une effusion végétale qui prolonge l’humain. Le poète y célèbre un terreau commun, fruit d’un combat intraitable pour la fraternité.


« Mes pieds vont le vermineux cheminement 

plante 

mes membres ligneux conduisent d’étranges sèves 

plante plante 

et je dis 

et ma parole est paix 

et je dis et ma parole est terre 

et je dis 

et la Joie 

éclate dans le soleil nouveau » 

Aimé Césaire - Les Pur-sang - extrait


lundi 18 janvier 2021

HYMNE, d'après le livre de Lydie Salvayre

 


Chez les amérindiens Kunas, MOLA veut dire : le plumage de l'oiseau. 

Sur scène, ce que je donne à voir est aussi important que les mots et la musique. Nous sommes sans cesse matraqués visuellement par des images qui nous disent ce qui est beau, ce qui a de la valeur, ce qui est enviable... J'essaye d'habiter ce langage des images où je trouve la liberté de le faire. Pour moi, c'est sur scène, et le vêtement y a un sens. HYMNE a bénéficié d'une très belle création costume signée par Coline Dalle. La femme qui s'exprime dans ce spectacle a plusieurs âges. Elle est la grand-mère de Jimi Hendrix, celle qui lui conte l'histoire de la famille et , à travers elle, éclaire et révèle celle des États-Unis d'Amérique. Elle est la mère de Jimi Hendrix, merveilleuse artiste, femme aspirant à une liberté qu'elle n'atteindra jamais , et qui finira, très jeune, noyée dans la tristesse et l'alcool. Elle est une femme forte et combattante, consciente des brûlures de l'Histoire. Elle est Jimi Hendrix, elle est Lydie Salvayre. Elle évolue des temps précolombiens jusqu'à nos jours. Sur cette photo, elle porte une jupe dont la conception s'inspire de la technique du MOLA. Des tissus sont superposés et ces différentes strates apparaissent à travers des découpes géométriques, dans un équilibre de couleurs et de formes. Le MOLA est une scuplture qui se révèle en découvrant ce qui la constitue. Bref, un grand merci à Coline Dalle pour ce déploiement et cet envol.

HYMNE sera en mai 2021 à Bordeaux, au CDCN La Manufacture en collaboration avec le Glob Théâtre, en juillet au festival d'Avignon, à la Chapelle du Verbe Incarné (TOMA), puis à Ménerbes, en collaboration avec la Maison Dora Maar.

jeudi 14 janvier 2021

Hymne, reloaded ?

 

© Stella Iannitto


L’année dernière, à cette même période, commençait ma résidence de création pour Hymne, au théâtre Antoine Vitez à Ivry. C’est une étape de réalisation très joyeuse parce qu’elle concrétise au moins deux ans de préparation en amont et qu’elle permet de rompre une forme de solitude, en rassemblant enfin les autres membres de l’équipe. 


Mais pour trouver le point de départ de cette aventure, il me faut remonter en 2017, au Festival du livre de Mouans-Sartoux où je venais d’être programmée avec Frères migrants. Depuis la parution du magnifique ouvrage de Patrick Chamoiseau, nous avions enchaîné les scènes de toutes sortes, de théâtre, de musique, des festivals littéraires ou des rassemblements associatifs… Selon les possibilités, je venais seule ou en musique avec Felipe Cabrera et Laurent Maur, Samuel F’hima ou Zacharie Abraham. Il fallait que ce texte circule toujours un peu plus, que les mots prennent corps, qu’ils s’envolent du papier et vibrent dans une expérience commune. Qu’ils ne puissent être balayés d’un revers de page, qu’ils aillent aussi où ils n’étaient pas attendus et qu’ils rejoignent nos intuitions, amplifient nos grondements. Qu’ils nous confortent en révélant in situ que oui, nous sommes très nombreux à refuser de traiter la vie comme une matière à exploiter, très nombreux à reconnaître qu’il est salvateur pour tous d’être attentif à autre que soi-même. Je ne remercierai jamais assez l’auteur d’écrire comme il le fait, en matières, couleurs, sons, sueur et battements de cœur, en partition idéale aux continuités artistiques. 

Donc en octobre 2017, cela fait des mois que je rencontre des personnes qui s’insurgent contre les murs dressés entre les humains. Mais, si dans une premier temps ces moments sont moteurs, je finis par ressentir comme une pesanteur de voir le fossé s’agrandir entre les solidarités citoyennes et les logiques gouvernementales. J’avais une sensation similaire face à l’éloignement entre mes désirs de création et les soutiens institutionnels. Ce n’est pas la même chose, certes, mais ce n’est pas sans rapport. C’est une gestion générale qui est délétère. Et pour nous artistes, il s’agit d’un effort incessant pour convaincre et forcer la prise en compte de l’essentiel, par les décisionnaires, pas seulement renouveler mais sans cesse forcer. Je ne vois pas comment nous pourrions avancer si le seul objectif commun est de préserver son pré carré, en particulier si les seules considérations centrales sont d’ordre administratif et financier. Dans les textes que je porte il est, entre autres, toujours question de dépasser les frontières, quelles soient matérialisées ou intégrées dans nos modes de relation et de raisonnement. Et il s’agit pour moi d’être cohérente jusque dans les équipes que je rassemble (où nous sommes tous très différents), dans les diverses formes d’expressions que je donne à voir et entendre simultanément, et aussi dans la pluralité des publics que je rencontre. Et ce n’est pas si utopiste puisque, quand j’y parviens malgré tout, ces publics bien heureusement inclassables, s’y retrouvent. Mais où en sera la diversité du propos, déjà loin d’être effective, quand ne monteront sur scène que les artistes qui répondront aux critères répertoriés et figés par les machines institutionnelles, ou qui auront le bon carnet d’adresse (fossilisé dans l’entre-soi) et pourront autofinancer l’élaboration d’un spectacle. Mon constat est que la production dans l’industrie du spectacle vivant est tout simplement nécrosée et le filtrage socio-culturel qui y est pratiqué s’en trouve de plus en plus exclusif et excluant, de ce point de vue il est très performant. Dans ce contexte, il me fallait une embrasure, prendre l’air et peut-être aussi revenir à moi pour être présente un peu mieux. Bref, je devais trouver d’autres points d’implication, entre les interstices.

Et ce jour-là, en sortant de scène au festival de Mouans-Sartoux, je rencontre une femme avec qui, en peu de mots, quelque chose de simple et de vrai se passe. Je ne la connaissais pas, j’apprends qu’elle écrit. Elle évoque l’un de ses livres, Hymne, et me propose d’y voyager. J’ai su sans l’avoir lu qu’il était un nouveau point de départ, un nouveau résonateur relayant les précédents. Une intuition qui s’est confirmée dès les premières lignes. Non : dès que, le livre au creux des mains, j’ai plongé dans les yeux de Jimi Hendrix, profonds, en photo de couverture, puis que j’ai été accueillie par ces vers d’Ossip Mandelstam, Mandelstam…! : « Mon siècle, mon fauve, qui pourra Te regarder droit dans les yeux » et, que suivant l’onde, je me suis sentie accompagnée dès cette première phrase de Lydie Salvayre à propos de Hendrix : « on dit qu’il était timide ». Au fil des mots, une filiation se restaure, offerte aux polyphonies. Avec ce récit, qui nous plonge dans l’histoire du musicien de génie, nous sommes dans une reconnaissance des liens, de ceux qui nous animent en débordant, en submergeant les assignations à résidence. Et l’on s’y souvient, pour mieux avancer. L’effacement, l’écartèlement du souvenir nous met à terre. Ce livre ne donne pas à voir, il ne cherche pas à faire comprendre, il engage le Nous en faisant voler en éclats portes et fenêtres. J’y trouve l’annonce de mes prochaines cérémonies païennes, la grisaille s’éloigne enfin.

Nous voilà revenus à Ivry. L’année dernière, en janvier, au théâtre Antoine Vitez. Il y fait bon travailler et le lieu porte bien son nom. L’équipe y défend la création, et les causes communes y ont un sens et une place, ce n’est pas si courant. Les grèves ne nous ont finalement pas desservis. Avec le recul, j’ai plutôt l’impression du contraire. J’étais en accord avec cette montée contestataire, mais les interruptions des transports refroidissaient la fréquentation des lieux culturels. Nos premières ont pourtant eu un public nombreux et enthousiaste, nous avons même affiché le fameux « Complet » à plusieurs reprises. Des journalistes se sont déplacés, nous gratifiant d’articles élogieux. Je vous ai alors donné rendez-vous au printemps, mais c’était sans compter le confinement. Cette fois, j’espère tenir ma promesse de retrouvailles dès le mois de mai. Nous commencerons, reprendrons, à Bordeaux. Mais d’ici-là, je partagerai d’autres choses, histoire de ne pas laisser l’hiver prendre trop de place.

« En jouant THE STAR SPANGLED BANNER, ce matin du 18 août 1969 à Woodstock, Hendrix fit renaître le sentiment d’une fraternité dont les hommes étaient devenus pauvres, et prêta vie à cette chose si rare aujourd’hui qu’on appelle, j’ose à peine l’écrire, une communauté, une communauté formée, là, dans l’instant, une communauté de malheur comme il s’en forme chaque jour (on dit que le malheur rapproche et cette idée me fait horreur), non pas une communauté complaisamment apitoyée ou romantiquement doloriste, ni une communauté sous narcose, je veux dire religieuse, non, non, non, mais une communauté de force et de colère mêlés, une communauté de solitaires, chacun plongés entièrement dans sa musique, chacun y trouvant domicile, mais au rythme de tous. » HYMNE de Lydie Salvayre, aux éditions du Seuil.

Hymne sera en mai à Bordeaux, au CDCN la Manufacture, en juillet au festival d’Avignon, à la Chapelle du Verbe Incarné, puis à Ménerbes, en collaboration avec la Maison Dora Maar.