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samedi 22 mai 2021

Edouard Glissant - LES INDES

 #22 mai 1848  

« Voici la plage, la nouvelle. Et elle avance pesamment dans la marée,

La mer ! ô la voici, épouse, à la proue, délaissant l’ancre.

Elle roule, très unie : sur sa route non-saccagée. » Edouard Glissant - LES INDES

 

 «  Ô dans les siècles de ces siècles, plus éternels que la parole des Pythies,

Ainsi les ai-je vus, nombreux parmi les pousses et les ronces.

L’histoire les oublie, car ils sont morts de ce côté du monde où le soleil décline.

Je les appelle sur la plage, auprès de ceux partis, mais qui demeurent cependant.

Ils sont les Conquérants de la nuit nue. Ouvrez les portes et sonnez pour les héros sombres. La mer

Les accueille parmi ses fils, le soleil se lève sur le souffle de leur âme.

Ils s’appellent, fameux et oubliés, qui résistèrent au nocher des caravelles. » Edouard Glissant - LES INDES







dimanche 7 juin 2020

Festival d’Avignon annulé - e-festival du TOMA




Le jazz selon Alain Jean-Marie  « on doit toujours se rendre disponible pour pouvoir prendre ce qui arrive et donner ce qu’on a pris, je devrais dire appris… »


La programmation avignonnaise d’Hymne, mon dernier spectacle, au TOMA - Chapelle du verbe Incarné a été annulée. Je suis donc heureuse de participer au e-festival que Marie-Pierre Bousquet et Greg Germain organisent face aux circonstances exceptionnelles que nous traversons. Merci à eux et à toute l’équipe du théâtre ! Pour l’occasion, nous allons enregistrer des extraits de mon triptyque sur la Relation d’Edouard Glissant qui résonne en musique dans les trois volets : Les Indes, d’après son poème, suivi de Frères migrants d’après le livre de Patrick Chamoiseau et Hymne d’après celui de Lydie Salvayre (les trois sont ici http://compagnieloufried.free.fr/)

Pour cet enregistrement, je pensais réunir mes compagnons de route que sont Thomas Savy, compositeur des Indes, et Felipe Cabrera qui a composé pour Frères migrants et Hymne. Thomas va pouvoir me rejoindre et c’est une grande joie, mais Felipe est à Cuba où les aéroports ne sont pas encore ouverts… Il va nous manquer. Nous pensons fortement à lui et à tous les artistes de ces trois spectacles que je cite plus bas en espérant en oublier aucun.

Pendant le confinement j’ai eu un grand besoin de dire du Glissant et du Césaire, juste pour moi-même, pour me ressourcer. Immanquablement la musique d’Alain Jean-Marie m’est revenue en mémoire, vibrant avec les mots. Il y a quelque temps déjà, nous avons conçu ensemble un duo sur Césaire intitulé Radiolaires . Alain est habité par cette poésie. Elle est autant dans les touches de son piano que dans sa façon d’être présent aux autres, ce qui me parait précieux quand les mots sont en permanence  détournés de leur sens. Il me fait l’amitié et l’honneur de nous rejoindre pour cet enregistrement.

Bonheur de réaliser ce moment au théâtre Antoine Vitez d’Ivry où toute l’équipe me parait aussi utopiste que moi, un grand merci à Christophe Adriani et à toute son équipe de nous recevoir. Je suis à distance le sillon du chariot des quartiers d’Ivry qui amène le spectacle sous les fenêtres des ivryens. C’est beau, c’est concret, c’est vivant, BRAVO !

« La lumière d’au-dehors et d’au loin est comme une lance bien jetée, elle jaillit de la caverne, ou de la clairière, ou de ce jardin public, ce n’est pas pour exterminer ces exterminateurs, elle les saisit béants et les change malgré eux »  Philosophie de la Relation, Edouard Glissant

Les artistes qui m’accompagnent dans le triptyque Les Indes, Frères migrants et Hymne :
Thomas Savy, Eddie Ladoire, Sonny Troupé, Raphaël Imbert, Felipe Cabrera, Annabel Guerrero, Coline Dalle, David Antore, Laurent Maur, Vladimir Médail, Annabelle Brunet, Claude Valentin, Carl Carniato.

Une grande pensée pour l’équipe d’administration/production qui s’associe à la Compagnie Loufried : Hop Bach Mounier, Agnès Roul et Dylan Guillou.



Isabelle Fruleux

lundi 27 janvier 2020

Isabelle Fruleux, artiste de la Relation, artiste en relation




Le souffle d'Édouard Glissant

27 JANV. 2020 PAR THÉÂTRE D'IVRY BLOG : LE BLOG DU THÉÂTRE ANTOINE VITEZ


Laura Bini Carter, chercheuse états-unienne en anthropologie sociale était l'invitée du Théâtre Antoine Vitez le 15 Janvier dernier en prélude à la deuxième représentation d'« Hymne », adaptée du texte de Lydie Salvayre et mise en voix par Isabelle Fruleux.

Hymne © Stella Iannitto

Je suis heureuse d'être là ce soir pour échanger avec vous. Je remercie, Isabelle, le Théâtre Antoine Vitez et sa superbe équipe pour l'accueil chaleureux. Contrairement à beaucoup d'espaces « artistiques » de la région parisienne, j'ai trouvé dans ce lieu une bienveillance, une chaleur humaine, une conscience politique engagée, complétée par une qualité de programmation et de production artistique et intellectuelle remarquable. As it should be.

Nous sommes en banlieue, sur les marges diraient certains... fort heureusement car souvent c'est ici qu'on se retrouve habité par la « Relation », et conscient de cela ...

Je vais commencer par des commentaires et des réflexions. Ensuite, je vais essayer de relier les trois productions artistiques multimodales de la compagnie Loufried, à travers un fil personnel et engagé, pour que cette petite rencontre de début de soirée soit ouverture et Relation… Bien évidemment, par Relation, c'est à la Poétique d'Edouard Glissant que je me réfère. J’essayerai d'esquisser ce que me pousse à présenter ce travail artistique à travers cette poétique.

Avant de vraiment entrer en matière (sur les spectacles), quelques phrases sur ma présence ici comme anthropologue. Je précise que je fais partie de la sub-discipline qu’on appelle « Cultural Anthropology » aux États-Unis, qu’on peut traduire peut-être comme « Anthropologie Sociale » en France. Je travaille dans l'esprit de la public anthropology du CUNY Graduate Center, qui est une anthropologie dans et pour la cité ; elle est de facto « décoloniale ». J’ai choisi cette discipline car je voulais passer ma vie à découvrir les gens, à grandir avec et par eux.  Cette anthropologie n'est pas, bien entendu, à comprendre, au sens répressif ou redoutable[1], des premières ethnographies au service de l’état colonial. Je fais partie, justement, d'une génération et d'une tendance de jeunes chercheuses qui, non seulement critiquent ce passé de notre discipline, mais qui agissent dans le monde, et qui œuvrent pour qu’elle soit véritablement décolonisée et relationnelle ; pour que notre recherche soit toujours collaborative dans son travail pratique tout comme dans ses fruits, qu’elle prenne compte et se nourrisse des questionnements, doutes et expériences de nos interlocuteurs, que nos recherches donnent une place à ceux qui souffrent toujours des dégâts de la mondialisation initiée par la conquête et la colonisation.

Dans mon travail, je demande constamment ce qui anime les gens, ce qui pousse certains au patriotisme, certains à la révolte. Qu’est ce qui les conduit à s'exprimer par la musique, par le travail artistique ? Quelle combinaison de circonstances font qu'ils passent un message politique ou, au contraire, pourquoi ils trouvent refuge dans des formes abstraites d'art qui n’ont pour but que l’art en soi (art for art sake) ? Qu’est-ce qui pousse certains vers la recherche d'une racine unique, ou vers le renfermement sur soi ? Qu’est-ce qui en pousse d'autres à fuir toute contrainte d'identité collective ? Qu’est-ce qui fait « identité » pour eux, pour nous, aujourd’hui ? Et comment créer des imaginaires qui puissent donner espoir dans une identité pensée comme dynamique relationnelle ?

Cette question d’identité se dessine clairement dans la Poétique de la Relation de Glissant, opposant l’identité-racine à l’identité-relation. La Poétique de la Relation nous convie dans des espaces communs, tout en essayant de nous émanciper de « l’emprise communautaire » diraient certains. Aucun de nos États-nations n’a réussi à ouvrir les possibilités représentationnelles qui accepteraient cette identité-relation. C’est pour cela que les artistes sont importants : parce qu’ils peuvent façonner et changer des constructions individuelles qui pourraient s’étendre aux collectifs. Les défis artistiques et les vies humaines qui les inspirent peuvent nous éclairer sur les enjeux politiques et sociétaux qui nous entourent.

Il y a trois ans et quelques mois, le souffle d'Edouard Glissant habitait ce lieu, le Théâtre Antoine Vitez. Ce souffle transitait, reliait les êtres, les musiques, portait la parole : Les Indes, spectacle produit ici en mars 2016, a permis que je retrouve ce souffle, dans la voix d’une femme sortie du divers de notre Tout-monde, Isabelle Fruleux : un musicien, Sonny Troupé, me parle du spectacle et me dit de venir. Sonny était devenu un ami pendant mes années de terrain (et de vie) en Guadeloupe. Lui, qui part de son Tanbou Ka (tambour) pour s'ouvrir à toutes les musiques, était mon Legba (esprit vaudou) ce jour-là; lui qui exprime par son parcours la rencontre de générations, de passés militants-politiques reliés aux souffles artistiques. Il ouvre aux gens la possibilité de voir-sentir-vibrer autrement. Tout comme le fait  Isabelle, notre amie en commun. Il faut dire que derrière Sonny-Legba, il y a une famn potomitan (femme pilier de la famille), Man Troupé. C'est à Morne Valet (Saint-Anne), qu'elle me raconte cette complicité dans les vibrations du Ka. Cette grande femme qui a porté le combat de son mari, de son pays, a tissé un lien à travers l’Océan Atlantique et m’a fait rencontrer son fils… Que Man Troupé, soit ici honorée, tout comme Nora (Grand-mère de Jimi Hendrix), que vous allez rencontrer ce soir (en tant que personnage ndlr). L’Histoire les a souvent reléguées dans l’ombre. L’art est capable de laisser leur lumière passer à travers chacun de nous.

Je veux aussi souligner que je ne suis pas du tout une Glissant expert. J’étais simplement une petite étudiante en licence quand je suis tombée sur la Poétique de la Relation. Depuis, elle m'habite. La définir est un défi, car elle est précisément  une lumière qui berce le monde, mais qui ne peut pas être captée. Elle s'exprime, tout simplement. La Relation, pour moi, c’est se retrouver. C’est se construire sur d’autres bases que celles de la race, la nation, la religion. S’il y a identité, c’est en constante transformation. Elle ne se fige pas. 

J’ai la fortune d’avoir des familles-rhizomes (faites de racines multiples), éparpillés aux Amériques, qui m'ont permis de nourrir la soif de connaître le Tout-monde. Elles m’ont « condamné » en quelque  sorte à une errance-à-vie. Mon lien avec Édouard Glissant, tout comme mon lien avec Isabelle Fruleux, s’est dessiné comme une complicité dans un constant désir de relation. L’œuvre de Glissant m’a poussé à aller vivre en Caraïbe. Quatre ans après, je me retrouve au CUNY Graduate Center. Un heureux hasard fait que cette année-là, la santé d’Edouard s'améliore et qu’il y revienne donner des cours. J'étais à sa gauche, dans notre petite salle sans fenêtres, sur 5th Avenue, tout comme dans nos ateliers-poésie du vendredi après midi à Washington Square… jusqu'à ce qu'il parte ô filao.

Aujourd’hui je suis heureuse de constater un engouement pour les idées de Glissant, dans les médias, dans l'espace public, mais je constate par contre, parfois, que ses mots servent comme des clefs de communication vidées de leur âme. Les références aux concepts de Glissant peuvent servir pour envisager une politique culturelle qui se fixe pour tache de faciliter la Relation, contribuant à ce que les créations « aux marges » soient entendues, soient offertes à leur juste valeur. On pourrait commencer à faire tomber des murs ! C’est après tout cette création qui, depuis les marges, nous guide vers (pour ne pas dire prophétise) un monde en constant Tremblement. Que l’on soit clair, la force de cette poétique  pour moi, réside aussi bien dans sa capacité à toucher diffèrent types de publics que de s'ouvrir à tout et chacun. J’avais 20 ans quand j'ai rencontré la Poétique de la Relation. Elle ne m'a pas changé. Elle a simplement rassemblé en moi ce qui me faisait vibrer, ce qui me conduisait à chercher dans la rencontre avec les autres un échange profond et humain. C’est précisément cela qui fait sa force : elle nous laisse trouver en nous-mêmes des outils pour nous émanciper et ensuite, pour nous retrouver dans les autres, et nous donner aux autres, sans nous perdre. Elle fait tout ça, sans nous dicter, sans nous faire de la morale. « Freedom is a constant struggle », pour reprendre la phrase d'Angela Davis. La liberté n'est jamais acquise. Pour Glissant comme pour Chamoiseau et tous ces penseurs de la Relation, l’émancipation commence par un imaginaire libre qui doit être incarné et jamais figé.

LES INDES - FRÈRES MIGRANTS – HYMNE

Les dernières créations de la compagnie Loufried, une intuition triptyque pour l'humanité ? On pourrait se le demander. Isabelle Fruleux, artiste de la Relation, artiste en relation constante, a cheminé pour arriver à cette composition de trois pièces. Trois pièces qui tiennent parfaitement ensemble. Toutes pluridisciplinaires. Ces trois pièces marient les trois espaces qui nous lient : la Caraïbe, l'Europe et L'Amérique du Nord. Mais elle ne les a pas pensées ensemble par avance. Au contraire, à petit pas, par surgissements. Les Indes, Frères Migrants, Hymne – Ces espaces communs nous ouvrent à des sensibilités du monde. Ils évoquent. Ils ne racontent pas. Ils déclenchent des images dans les esprits …

Comme Isabelle me l’explique, « dans chaque spectacle, les éléments sont placés, mais après c’est la relation tissée entre la comédienne, les musiciens, la lumière, le public, qui fera venir les surgissements ; l’imprévu ; les connections qui en fondent chaque singularité, tout ce que personne n’attend, même pas ceux qui ont soigneusement placé les dits éléments.  C’est pour cela que les musiciens, dans chaque pièce,  sont des voix qui interrogent, qui cherchent, qui mettent en relation. »

LES INDES

J’entends Édouard dire, avant de nous lire La Conquête, (un des chants des Indes) : « Les Indes c’est le contraire de l'épopée colonialiste ; Les Indes c’est l’épopée anticolonialiste!!! » Il nous répétait plusieurs fois : « Attention ! il ne s’agit surtout pas de raconter des histoires ! »  Du spectacle, Les Indes, Isabelle nous dit, « le jazz dans son ouverture permanente aux autres formes musicales, et donc culturelles, en est l’esprit et le vecteur. Le jazz depuis sa naissance en terres d’esclavage se compose dans la rencontre. Avec l’altérité comme impulsion créatrice, le jazz ouvre en nous un territoire libre! » Les Indes, tout comme Frères migrants, et Hymne, c’est une poésie mise en scène et en musique. On y navigue, rythmé par les mots choisis, les vibrations et les sonorités. Cette transmission orale, Isabelle l’explique, inspire ainsi des thèmes musicaux et des ambiances acoustiques dont on fera l’expérience ce soir.

FRÈRES MIGRANTS

Ce texte de Patrick Chamoiseau, mis en voix et en musique par Isabelle Fruleux et Felipe Cabrera, nous parle de cette « Méditerranée Noire » (Mbembe), cette mer qui « concentre » (Glissant), rejoins la mer caribéenne archipélique, dans un imaginaire ouvert à la Totalité-monde…Le Cimetière Atlantique se rejoue, tragiquement, et si près des côtes Européennes cette fois ci.  Mais dans cette morbidité du cimetière il ne suffit pas de dénoncer le néolibéralisme, et les politiques inefficaces. Il faut des esprits poétiques pour peindre un horizon et un espoir pour vivre autrement… pour vivre en Relation constante, à chercher des solutions pour mieux accueillir, pour retrouver l’humain. Frères Migrants, c’est un appel au droit et à la célébration de cet aller-venir-dévirer. Comme Patrick nous le dit, « Frères Migrants sert à déclencher des images, des couleurs, un désir de solidarité. » C’est cette esthétisation du phénomène migratoire, de l’émotion esthétique, qui peut, rappelle Patrick, « nous ouvrir pour imaginer des nouvelles conceptions politiques. » Les poètes déclarent…

HYMNE

Vladimir, (que vous allez entendre à la guitare ce soir) nous le dit clairement : « Hymne n’est pas l’histoire de Jimmy Hendrix ». Ce n’est pas « une histoire » tout court. Il ne faut pas s’attendre à ça, ce soir. Hymne parle de notre passé qui se revit de manière plus terrifiante aujourd'hui. Elle parle de mon pays. Elle parle de votre pays. De cet Atlantique qui nous lie. Des ancêtres arrachés ; des ancêtres dénigrés.

1967 - 1968 - 1969

Des années qu'il faut absolument comprendre ensemble pour saisir ce qui nous a créé. D’un empire à un autre ; d’un massacre à un autre ; d’une révolte à une autre. Aujourd’hui et à jamais liées. C'est cela que Hymne évoque, à travers des mots, des gestes, des rythmes et des sonorités. Comme le dit Felipe depuis son propre imaginaire cubain, « d'une Amérique génocidaire, qui passe aussi bien à travers la musique de deux compositeurs Copland et  Strauss ». On pourra les entendre como una réplica lejana sur laquelle Felipe compose tres temas. La musique que vous allez entendre ce soir, c'est la sienne. D'une mémoire traversée par cette expérience-Hymne vécue ici, avec ces êtres-créateurs, et conçue pour nous tous. Le texte de Lydie Salvayre est un hommage à Hendrix; c'est une histoire Américaine, décentrée. The Star-Spangled Banner, rempli d'un sens nouveau, révolté. Le texte décrit la portée libératrice de l'acte artistique de Jimmy. Isabelle, Felipe et Vladimir l'incarnent, nous mettant tous en Relation pour notre aujourd'hui et notre demain.                 

Laura Bini Carter, 15 Janvier, 2020, Ivry-sur-Seine

PS: les concepts propres à Édouard Glissant sont identifiés par l'usage d'une majuscule (Relation, Tout-monde, Tremblement)

[1] Comprendre des cultures fut alors plus gratifiant que découvrir des terres nouvelles.

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lundi 11 novembre 2019

FRÈRES MIGRANTS de PATRICK CHAMOISEAU




Dimanche 17 novembre à Bordeaux, nous formerons un cercle ouvert de réflexion et de partage avec Patrick Chamoiseau, Béata Umubyeyi-Mairesse et Fadoua Roh. Vous êtes les bienvenus.

Voici deux extraits de l’ouvrage dont je ferai une lecture. Dans ce premier, l’auteur évoque la Relation, précieux poécept pensé par Edouard Glissant : 
« La Relation ne crée pas de communauté fondée sur la même narration - le grand récit unique, les mêmes ancêtres, la même identité devenue intangible. Elle fait exploser les fixités dans une conscience partagée, toute de conscience individuelles portées à un optimal degré de plénitude. Conscience dès lors toujours en devenir dans un essaim d’images. C’est pourquoi elle relie, relaie, relate, rallie, allie, et que ce mouvement ressemble à de la joie. »

« Seulement, la paix capitaliste et financière n’est pas la paix. Elle est fourrière d’une barbarie qui domestique les barbaries anciennes sous l’arche des « mœurs douces » où fricotent les banquiers, les affairistes et les marchands. Au fil de sont triomphe , cette barbarie perd de son invisibilité, voit surgir ses basses-fosses et déborder ses cales se révèle en final tout aussi virulente qu’une vieille arche de Noé où se concentreraient à des degrés divers toutes les virulences qui avaient existé… Ho ! que les morts massives en Méditerranée nous dessillent le regard ! Qu’elle nous permette de distinguer les petites morts du quotidien, le désastre disséminé dans l’écume de nos jours, l’innommée catastrophe dont l’ombre en chique taille pèse à fond parmi nous de tout son impossible!… »  
FRÈRES MIGRANTS de Patrick Chamoiseau éditions Seuil

Le dimanche 17 novembre à 15h, à La machine à Lire, 
8 Place du Parlement 33000 Bordeaux

dimanche 3 février 2019

Edouard Glissant


 Le 3 février 2011 décédait un grand penseur et poète de notre temps, Edouard Glissant.

« Dans les cultures occidentales, on dit que l’absolu est l’absolu de l’être et que l’être ne peut pas être sans se concevoir comme absolu. Pourtant déjà chez les présocratiques, la pensée prévalait que l’être est relation, c’est-à-dire que l’être n’est pas un absolu, que l’être est relation à l’autre, relation au monde, relation au cosmos. C’est la pensée présocratique, à laquelle on a tendance à revenir aujourd’hui. De manière beaucoup plus laïque, quand certains écologistes dans le monde se battent pour leur idéal, qu’est-ce qu’ils disent? Ils disent: « Si tu tues la rivière, si tu tues l’arbre, si tu tues le ciel, si tu tues la terre, tu tues l’homme. » Autrement dit ils établissement un réseau de relations entre l’être humain et son environnement. Ce que je dis c’est que la notion d’être et d’absolu de l’être est liée à la notion d’identité « racine unique » et d’exclusive de l’identité, et que si on conçoit une identité rhizome, c’est-à-dire racine, mais allant à la rencontre des autres racines, alors ce qui devient important n’est pas tellement un prétendu absolu de chaque racine, mais le mode, la manière dont elle entre en contact avec d’autres racines: la Relation. Une poétique de la Relation me paraît plus évidente et plus « prenante » aujourd’hui qu’une poétique de l’être. » 

Edouard Glissant « Introduction à une poétique du Divers » éditions Gallimard


vendredi 30 novembre 2018

Festival Plumes d’Afrique le 1er décembre

Ce samedi 1 décembre, 
je suis très touchée de répondre à l’invitation de Jean-Luc Raharimanana - dont j’apprécie tant la présence écrite et scénique - à rejoindre le festival Plumes d’Afrique pour une soirée qu’il orchestre avec l’éclairant éclaireur, Marc Alexandre Oho Bambe.

Cette soirée exceptionnelle réunira des artistes dont la pensée et l’acte mènent à entrer en Relation, cette idée d'un monde fait de toutes ses différences, additionnées sans exclusion, que nous devons à Edouard Glissant. Pour ceux qui ne pourront nous rejoindre, je vous invite à lire ces auteurs qui accueillent le monde à travers leurs inspirations et lui insuffle un devenir humain.
Avec Jean-Luc Raharimana, Marc Alexandre Oho Bambe dit Capitaine Alexandre, Wilfried N’Sondé, Soeuf Elbadawi, Felwine Sarr, Kossi Efoui, Souleymane Diamanka et Tao Ravao, nous ferons vibrer mots et voix ensemble.

Cheminant avec le texte FRÈRES MIGRANTS, je partagerai les mots de Patrick Chamoiseau :
 « Fais en sorte qu’aucune donnée du monde ne te paraisse hostile. Chaque donnée du monde complétera ta présence, l’étendra un peu plus, la gardera en vie ».



mardi 26 septembre 2017

Edouard Glissant

Edouard Glissant 21/09/1928 - 03/02/2011


Outre mer est la chasteté
Des incendiaires dans les livres
Mais le feu dans le réel et le jour
C'est ce courage des vivants
Extrait de Un champ d'îles - Poèmes Complets - éditions Gallimard

samedi 17 juin 2017

Entretien pour la revue Ecarts d'identité

photo Fabien PERRY-EXPERRYMENTAL


                                                      Cliquez pour agrandir le texte
photo p53: Pascal Therme

photo NB p55 Martin Sarrazac


dimanche 2 avril 2017

FRÈRES MIGRANTS, de Patrick Chamoiseau, le 22 avril au théâtre d'Ivry Antoine Vitez

Ami-e-s,

Après Les Indes, ma création jazz sur le poèmes d'Edouard Glissant, j'ai le plaisir de retrouver toute l'équipe du théâtre d'Ivry Antoine Vitez pour la présentation de mon nouveau projet musical d'après Frères migrants, le dernier magnifique ouvrage de Patrick Chamoiseau. Je viens de l'apprendre, l'auteur sera présent et nous fera la joie et l'enrichissement d'un échange. L'ouvrage sera disponible au théâtre, en avant -première de sa parution le 4 mai.


Souvenez-vous, de « Quand les murs tombent » à « L’intraitable beauté du monde » tous deux écrits avec Edouard Glissant ou encore avec le « Manifeste pour les "produits" de hautes nécessité », un ouvrage collectif, lui aussi écrit avec Edouard Glissant, Patrick Chamoiseau élève sa voix contre le libéralisme économique et l’atteinte aux libertés humaines. Liberté, égalité, fraternité, partage, dignité, bonheur… sont des mots qui semblent privés de leur essence même à force d’utilisation détournée à des fins directives et consuméristes. 

Patrick Chamoiseau leur redonne sens, une fois de plus, offrant sa place au souffle, aux battements de cœur qui les rythment et les offrent. À hauteur d'une voix d’homme, une voix solidaire de ceux qui souffrent de non-assistance, solidaire de ceux qui gardent leurs mains ouvertes.

"Ni orpheline, ni sans effets,
Aucune douleur n’a de frontières! »


Un manifeste à la fois politique et poétique contre les frontières, matérialisées et institutionnalisées, qui tendent à nous démunir de notre droit le plus humain, l’ACCUEIL. Celui de l’Autre, celui de notre devenir.

Avec cœur, voix, son et vibration, Felipe Cabrera à la contrebasse, Laurent Maur à l'harmonica et moi-même, partagerons ce texte avec vous et nous en sommes honorés.Le 22 avril, à 17h au théâtre d'Ivry Antoine Vitez. 
C'est à 3 minutes du métro Mairie d'Ivry et c'est dans 20 jours. La veille du premier tour, je sais bien... et c'est une raison de plus.




vendredi 10 février 2017

De la migration, sur scène, en littérature, et dans la vie


4 février 2017 — par Janine Bailly —


L’actualité nous en donne régulièrement des échos, les médias s’emparent de leurs odyssées, transcontinentales ou européennes, de préférence si elles se font tragiques, et puis on s’habitue, on vit près d’eux sans les voir sans les regarder sans leur faire même l’aumône d’un sourire, d’un signe de reconnaissance, d’une parole, qui viendraient à l’appui d’une possible aide matérielle.

Ils sont les sans-papiers, les déracinés, les déshérités, les exilés, les migrants, les « à expulser », ceux que l’on dit réfugiés quand bien même la terre où ils ont pris pied au péril souvent de leur vie, ne leur offre aucun refuge, et qu’on les voit dormir sur les trottoirs des villes, dans les encoignures des portes, dans les replis des murs, hommes femmes et enfants blottis à même le sol dur ou sur quelque carton censé les isoler du froid qui terrifie. Ils, ce sont ceux que la vie a poussés vers nous, fuyant les vicissitudes de pays devenus pour eux invivables, pays en guerre, pays en misère, pays soumis à quelque petit chef dictatorial, pays devenus, par la faute des activités incontrôlables des hommes, ingrats et de sols improductifs. Ils, ce sont ceux qui fuient la faim, la peur, la misère, les bombes et les balles perdues, la guerre et la torture, la haine et les préjugés d’une quelconque religion oppressive, d’une quelconque philosophie dénaturée. Ils, ce sont ceux-là qui ont eu l’heur d’échapper aux vagues de la Méditerranée, devenue tombeau refermé dans un silence honteux, si profond et si noir, clos sur les autres dont l’embarcation de fortune a sombré, sur ces autres, victimes de passeurs sans scrupules et qui sont la négation de notre humanité.

Mais pourtant, il y a…


Il y eut à Fort-de-France, sur la scène Frantz Fanon de Tropiques-Atrium, le long monologue de Michel Simonot, qui dans l’au-delà du récit se révèle être un réquisitoire aiguisé et poétique sans attendrissement de mauvais aloi : il est venu nous rappeler, si tant est que cela se puisse oublier, que des hommes partent de leur terre natale l’espoir chevillé au corps, le regard obstinément fixé vers cet Eldorado où enfin la vie, se répètent-ils, reprendra goût et sens. Du moins veulent-ils s’en convaincre.

Lire sur Madinin-Art : l’analyse de la pièce Le but de Roberto Carlos : que vienne le temps d’un autre temps, par Roland Sabra.

Il y eut, ce mercredi premier février, la soirée poétique Itinerrance, organisée à Paris par l’Institut du Tout-Monde, créé en 2007 sous l’égide d’Édouard Glissant. Le journal en ligne Médiapart s’est fait le relais de cette manifestation. « On ne peut pas laisser passer ça » : fidèle à l’injonction de son aîné, et face à l’urgence d’une situation à laquelle nul ne semble trouver d’issue, l’écrivain Patrick Chamoiseau, dans le cadre de ces Poétiques de la résistance, a lancé un appel à la solidarité envers les migrants du monde. « Ne pas accueillir, même pour de bonnes raisons, celui qui vient qui passe qui souffre et qui appelle est un acte criminel ». Cette affirmation, qui veut inciter non seulement à la réflexion mais sans doute aussi à l’action — mais comment agir, nous demanderons-nous ? — appartient à la Déclaration des Poètes qui viendra conclure son prochain ouvrage, Frères Migrants, à paraître aux éditions du Seuil au mois de mai. Lue par la comédienne Isabelle Fruleux, sur des images de la journaliste Hind Meddeb, cette déclaration invite à combattre l’intolérance et le racisme, la peur et le rejet de l’Autre, ou l’indifférence qu’au quotidien trop souvent on lui manifeste. Hind Meddeb, également documentariste, fille du grand intellectuel franco-tunisien Abdelwahab Meddeb, engagée aux côtés des migrants dont elle a plusieurs semaines partagé la vie, a réalisé entre autres films un court, Mineurs étrangers isolés à Paris, qui alerte sur la situation dramatique de ces adolescents livrés à la rue, à ses errances incertaines, à ses pouvoirs maffieux. Elle peut donc en toute légitimité dire que « sur le chemin de l’exil, la France est souvent le dernier guichet, si on les rejette, ils n’auront nulle part où aller ».

Il y eut encore, ce lundi 30 janvier, sur France-Inter, et qui reste à écouter en podcast si l’on n’a pu en suivre la diffusion initiale, L’Heure Bleue de Laure Adler. On y entend les philosophes Fabienne Brugère et Guillaume Leblanc, auteurs d’un livre-enquête, évoquer Sangatte ou Calais pour étayer l’idée selon laquelle est arrivée « la fin de l’hospitalité politique » ; tonneau des Danaïdes, mythe de Sisyphe, par ces images ils évoquent la complexité du drame. On écoute aussi la dessinatrice de bande dessinée Lisa Mandel et la sociologue Yasmine Bouagga, qui après huit mois de présence, en alternance avec Paris, dans la jungle de Calais, « une ville qui avait émergé de rien », racontent le quotidien des camps où attendaient — où attendent ? — migrants et réfugiés à proximité des points de passage vers le Royaume-Uni.


Mais fasse l’avenir que se réalisent les paroles d’Isabelle Fruleux : « Ensemble est un mot qui revient de plus en plus souvent… nous sommes de plus en plus nombreux à nous sentir indivisibles de l’Autre, à reconnaître la richesse des singularités de chacun, à ne pas refuser ce qui est porteur de devenir. »


Janine Bailly, Fort-de-France, le 3 février 2017


Madinin-art Critiques Culturelles de Martinique



http://www.madinin-art.net/de-la-migration-sur-scene-en-litterature-et-dans-la-vie/

dimanche 29 janvier 2017

FRÈRES MIGRANTS de Patrick CHAMOISEAU




Ensemble est un mot qui revient de plus en plus souvent, dans toutes les langues. Ce n’est pas anodin, nous en avons besoin et nous sommes de plus en plus nombreux à nous sentir indivisibles de l’Autre, à reconnaître la richesse des singularités de chacun, à ne pas refuser ce qui est porteur de devenir. La question des migrants nous concerne tous, notre humanité en paie le prix.


Retrouvons-nous à la Maison de la poésie pour une soirée Poétique de résistances organisée par l'Institut du Tout-Monde (*) où nous serons nombreux à porter nos voix, le programme complet ici: http://tout-monde.com/poetiquesresistances2017.html

En fin de soirée, Patrick Chamoiseau prendra la parole et je l'accompagnerai avec une lecture de son dernier ouvrage qui doit être entendu, Frères migrants
Avec une projection des images d'Hind Meddeb.



Mercredi 1 février, 19h à la Maison de la poésie. 
Passage Moliėre
157, rue Saint-Martin - 75003 Paris
M ° Rambuteau - RER Les Halles

(*) L'Institut du Tout-Monde a été fondé par Edouard Glissant.


mardi 15 novembre 2016

Edouard Glissant: Les Indes, une création jazz

Les Indes... permettez-moi de vous parler de mes compagnons de scènes qu'un bon nombre d'entre vous connait bien! Thomas Savy, l'un des musiciens les plus inspirés de la scène jazz française, nommé aux Victoires du Jazz pour son dernier album Bleu Archipel, est notre directeur musical et notre compositeur. Il est mon frère de son depuis deux de mes créations déjà...Un honneur pour moi. Thomas Savy est aussi avec nous, sur scène, à la clarinette basse. Felipe Cabrera est à la contrebasse. Là, je vais essayer de faire court mais comment ne pas vous dire que ce grand musicien (trois nominations aux Grammy Awards!) a commencé sa carrière comme premier basson à l'Orchestre National Symphonique de Cuba avant de se vouer au jazz sur les scènes internationales auprès de Gonzalo Rubalcaba (8 albums en commun!), Herbie Hancock, Omara Portuondo, Roberto Fonseca, Ron Carter, Dizzie Gillespie, bref, écoutez son dernier album, Night Poems, où le jazz empreint de musiques européennes et Cubaines est d'une troublante mélancolie. Sonny Troupé, qui partage avec Grégory Privat au piano, un duo innovant et...magnifique, est un prodige de la percussion. Sa première expérience professionnelle remonte à ses six ans au tambour ka. Il est aussi détenteur d'un Premier Prix au piano histoire de nous narguer. Vous le retrouvez sur scène avec le Sonny Troupé Quartet et chez vous avec l'album Voyages et Rêves, une merveille que j'écoute en boucle. Où que vous soyez, vous n'aurez aucun mal à voir un concert de Lisa Simone, qu'il accompagne bien sûr! Je retrouve avec bonheur Eddie Ladoire à l'électroacoustique... ATTENTION: ce musicien peut vous parler de toutes les formes de musique, s'amuse à sculpter le son et vous l'adresse d'une façon indescriptible et très singulière en concert. C'est incontournable et fait l'objet de diffusion/exposition au FRAC Aquitaine, à la Kunsthalle, sur France Musique ou encore à l'emblématique Hotel Inmigrantes de Buenos Aires, et c'est tant mieux pour nous! Noooooon mais je ne vais pas vous présenter Raphaël Imbert..?? Ben si parce que comme moi, vous êtres ravis d'en entendre régulièrement parler. J'ai eu la chance de rencontrer Raphaël Imbert à mes débuts, sur une scène de théâtre où bien sûr il jouait du saxophone. Le début de beaux échanges littéraires et musicaux! Puis il m'a invitée à lire un texte de son cru pour sa sortie de conservatoire où il avait formé, avec le brillant saxophoniste Jean-Jacques Elangué, un big band des plus festif. L'affaire fut soldée par un Premier Prix pour les deux musiciens et un souvenir impérissable de communion fraternelle et franchement joyeuse. Raphaël Imbert est un artiste prolifique, musicien, compositeur, chef d'orchestre, directeur artistique de la Compagnie Nine Spirit, auteur du très beau livre sur la présence du sacré dans le jazz, Jazz Suprême, et animateur éclairé de l'émission L'heure de Plaire, sur France Musique. Il est actuellement en tournée avec son dernier album (il vous le faut!), Music Is My Home. Tous ces artistes du son ont un point commun, ils vont à la rencontre de ce qui n'est pas eux.
Les Indes... Allez, je vous en parle en son et images, suivez les liens!
https://www.youtube.com/watch?v=spAxe_cqrTg
https://www.youtube.com/watch?v=0BTS6ASGDOA

Edouard Glissant: Les Indes au Rocher de Palmer

Quelques images pour ceux qui n'ont pas pu nous rejoindre, on ne vous oublie pas!


samedi 15 octobre 2016

Sud-Ouest présente LES INDES

Article de Céline Musseau 

dans le quotidien Sud-Ouest du 15 octobre 2016 

avant la représentation de ce soir 

au Rocher de Palmer.



vendredi 7 octobre 2016

Les Indes, d'Edouard Glissant, au Rocher de Palmer!

Je vais vous dire les ami-e-s, je viens d’un milieu où on est tellement préoccupé par comment garder un toit sur la tête et comment nourrir ses enfants, qu’à priori je n’étais pas franchement prédestinée à transmettre des poèmes! Sauf que, c’est précisément là que j’ai eu besoin de ce souffle qui entraine à voir le beau et à avancer. J’ai retrouvé cette beauté, que j’appelle sans cesse et sans laquelle j’étouffe, dans les photos qu’Anabell Guerrero a fait sur les réfugiés du camps de Sangatte. On y voyait des personnes, pourtant dans le plus grand dénuement, belles, belles et fragiles comme des fleurs rares. J’ai voulu qu’Anabell fasse la scéno des Indes parce que je voulais ce beau là, humain, fragile. J’ai rêvé de travailler avec chacun des musiciens qui jouent ce poème avec moi, CHACUN. L’électro d’Eddie Ladoire qui arrive à métalliser une vibration que vous avez pourtant cru naitre dans votre ventre, Raphael Imbert au saxophone qui prie avec moi, lui qui n’a pas de religion, moi non plus d’ailleurs, Thomas Savy, Sonny Troupé, Felipe Cabrera, de magnifiques jazzmen. C’est quoi le jazz??? C’est le mélange d’hier et d’aujourd’hui, c’est se laisser surprendre par l’inconnu, lui donner beaucoup en se pardonnant peu, c’est le traditionnel, le classique, le populaire sans la moindre frontière territoriale, culturelle, qui se mêlent et se frottent. C’est un grand bordel qui s’organise en se faisant parce qu’il faut que ça groove ensemble. Une Créolisation. Tout ça, on le vit dans Les Indes et on veut le vivre avec vous et c’est pas du slogan, parce que seul, ben ça ne marche pas, ami-e-s. 


Le Samedi 15 Octobre 2016

                                     


photo de Martin Sarrazac

lundi 2 mai 2016

Les Indes Edouard Glissant


"Où est la femme, le printemps, où est son âme que l'amant déchire?"

Ce poème est un hymne à la Terre-Mère, un hymne à la femme, aux libertés, bafouées hier et aujourd'hui encore...
Les Indes, d'Edouard Glissant, célèbre le vivant contre tout assujettissement

Avec: Isabelle Fruleux (mise en scène - voix),Thomas Savy (direction musicale - clarinette basse), Raphaël Imbert (saxophone), Felipe Cabrera (contrebasse), Sonny Troupé (batterie, tambour ka), Eddie Ladoire (électroacoustique), Anabell Guerrero (scénographie), David Antore (lumières), Claude Valentin (son), Carl Carniato (vidéo)




samedi 6 février 2016

Les Indes - Edouard Glissant

"Il n'est de ville ni d'azur,
 où le regard du dieu n'a laissé son empreinte!
L'homme est ce dieu, quand il tue l'homme,
 ou l'humilie d'eau sainte; quand il pèse."

Les Indes - Edouard Glissant

Les Indes 
d'après les poèmes d'Edouard Glissant. 

Les 11 et 12 mars 2016 au théâtre Antoine Vitez d'Ivry

Réservations en ligne,  par téléphone ou sur place
Compagnie Loufried

Direction artistique, conception: Isabelle Fruleux

Direction musicale, compositions : Thomas Savy

Avec : 

Voix : Isabelle Fruleux 

Clarinette, clarinette-basse :Thomas Savy
Electroacoustique : Eddie Ladoire
Contrebasse : Felipe Cabrera
Saxophone : Raphaël Imbert
Percussions : Sonny Troupé

Scénographie : Anabell Guerrero 



Production déléguée : Compagnie Loufried.

Coproduction Théâtre d’Ivry Antoine Vitez, L’OARA et le Carré-Les-Colonnes.

Avec l'aide à la création du Conseil Départemental du Val-de-Marne,
et le soutien du Fonds d'aide à la création et à l'innovation de la ville de Bordeaux. Ministère de la Culture (en cours).

Résidence de répétitions au Théâtre de Bligny.



mardi 3 novembre 2015

Danser!

Un ami vient de me rappeler ça de Yacine Kateb:
"...Je change de souffrance quand celle qui m'accable devient insupportable. Je retourne à Nedjma pour la boire avec son dieu amer; je retourne à l'archaïque commencement des choses et des mots, pour réparer les déchirures, les violences et les divisions du temps..."
Pas joyeux hein? Mais magnifique! Pourtant j'aime rire et danser, je vous assure. Et puis rire de moi surtout, parce que des autres et du monde, pfff... en ce moment ça me paraît nettement plus compliqué et pas si marrant finalement. Alors je replonge la tête la première (et le corps aussi, en même temps, c'est important), dans les mots de ceux qui s'y sont frottés, au monde je veux dire. Et j'ai envie d'une fête, je la prépare... j'arrive! Il risque même d'y en avoir plusieurs, je vous en reparle juste avant le printemps, très bientôt. Et si nous devons danser au bord du gouffre, dansons, oui mais dansons ensemble!
Pour commencer il y a cette occasion de se retrouver, le samedi 7 novembre au Théâtre Antoine Vitez d'Ivry. J'y serai très attentive: TOUT EST TOUJOURS POSSIBLE