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samedi 22 mai 2021

Edouard Glissant - LES INDES

 #22 mai 1848  

« Voici la plage, la nouvelle. Et elle avance pesamment dans la marée,

La mer ! ô la voici, épouse, à la proue, délaissant l’ancre.

Elle roule, très unie : sur sa route non-saccagée. » Edouard Glissant - LES INDES

 

 «  Ô dans les siècles de ces siècles, plus éternels que la parole des Pythies,

Ainsi les ai-je vus, nombreux parmi les pousses et les ronces.

L’histoire les oublie, car ils sont morts de ce côté du monde où le soleil décline.

Je les appelle sur la plage, auprès de ceux partis, mais qui demeurent cependant.

Ils sont les Conquérants de la nuit nue. Ouvrez les portes et sonnez pour les héros sombres. La mer

Les accueille parmi ses fils, le soleil se lève sur le souffle de leur âme.

Ils s’appellent, fameux et oubliés, qui résistèrent au nocher des caravelles. » Edouard Glissant - LES INDES







dimanche 7 juin 2020

Festival d’Avignon annulé - e-festival du TOMA




Le jazz selon Alain Jean-Marie  « on doit toujours se rendre disponible pour pouvoir prendre ce qui arrive et donner ce qu’on a pris, je devrais dire appris… »


La programmation avignonnaise d’Hymne, mon dernier spectacle, au TOMA - Chapelle du verbe Incarné a été annulée. Je suis donc heureuse de participer au e-festival que Marie-Pierre Bousquet et Greg Germain organisent face aux circonstances exceptionnelles que nous traversons. Merci à eux et à toute l’équipe du théâtre ! Pour l’occasion, nous allons enregistrer des extraits de mon triptyque sur la Relation d’Edouard Glissant qui résonne en musique dans les trois volets : Les Indes, d’après son poème, suivi de Frères migrants d’après le livre de Patrick Chamoiseau et Hymne d’après celui de Lydie Salvayre (les trois sont ici http://compagnieloufried.free.fr/)

Pour cet enregistrement, je pensais réunir mes compagnons de route que sont Thomas Savy, compositeur des Indes, et Felipe Cabrera qui a composé pour Frères migrants et Hymne. Thomas va pouvoir me rejoindre et c’est une grande joie, mais Felipe est à Cuba où les aéroports ne sont pas encore ouverts… Il va nous manquer. Nous pensons fortement à lui et à tous les artistes de ces trois spectacles que je cite plus bas en espérant en oublier aucun.

Pendant le confinement j’ai eu un grand besoin de dire du Glissant et du Césaire, juste pour moi-même, pour me ressourcer. Immanquablement la musique d’Alain Jean-Marie m’est revenue en mémoire, vibrant avec les mots. Il y a quelque temps déjà, nous avons conçu ensemble un duo sur Césaire intitulé Radiolaires . Alain est habité par cette poésie. Elle est autant dans les touches de son piano que dans sa façon d’être présent aux autres, ce qui me parait précieux quand les mots sont en permanence  détournés de leur sens. Il me fait l’amitié et l’honneur de nous rejoindre pour cet enregistrement.

Bonheur de réaliser ce moment au théâtre Antoine Vitez d’Ivry où toute l’équipe me parait aussi utopiste que moi, un grand merci à Christophe Adriani et à toute son équipe de nous recevoir. Je suis à distance le sillon du chariot des quartiers d’Ivry qui amène le spectacle sous les fenêtres des ivryens. C’est beau, c’est concret, c’est vivant, BRAVO !

« La lumière d’au-dehors et d’au loin est comme une lance bien jetée, elle jaillit de la caverne, ou de la clairière, ou de ce jardin public, ce n’est pas pour exterminer ces exterminateurs, elle les saisit béants et les change malgré eux »  Philosophie de la Relation, Edouard Glissant

Les artistes qui m’accompagnent dans le triptyque Les Indes, Frères migrants et Hymne :
Thomas Savy, Eddie Ladoire, Sonny Troupé, Raphaël Imbert, Felipe Cabrera, Annabel Guerrero, Coline Dalle, David Antore, Laurent Maur, Vladimir Médail, Annabelle Brunet, Claude Valentin, Carl Carniato.

Une grande pensée pour l’équipe d’administration/production qui s’associe à la Compagnie Loufried : Hop Bach Mounier, Agnès Roul et Dylan Guillou.



Isabelle Fruleux

jeudi 13 février 2020

Rolling Stone vous emmène voir Hymne !

A VOIR       Article à retrouver sur : https://www.rollingstone.fr/



vous emmène 
voir la pièce événement 
« Hymne », 
d’Isabelle Fruleux !

Isabelle Fruleux s’accapare avec virtuosité d’Hymne, 

de Lydie Salvayre, un hommage à Jimi Hendrix, 

en mettant en scène au Théâtre Antoine Vitez d’Ivry, 

la vie du gaucher vue par l’écrivaine… 


« On dit qu’il était timide à l’extrême, qu’il avait le charme efféminé des timides, leur douceur. On dit qu’il ne savait pas déchiffrer la musique et qu’il ne sortait de sa timidité que pour être l’audace-même ». C’est ce que raconte sur scène Isabelle Fruleux. Et si les mots sont de l’écrivaine Lydie Salvayre, sa relecture scénique est élégante avec un jeu de scène sobre. Mêlées, l’écrivaine et l’actrice ré-évoquent nombre d’épisodes de la vie du génial gaucher, et en particulier cet inoubliable petit matin du 18 août 1969 à Woodstock quand il s’empara de l’hymne américain, sacré et symbolique, qu’il le retourna avec toute son ivresse mystique pour en extraire une substance insoutenable et libératrice. Un cri bouleversant qui continue à défier le temps, le sanglot d’un idéal condamné à mourir. 
Les mots d’écrivains sont toujours délicats à interpréter. Ceux que Lydie Salvayre prête à Jimi Hendrix, celui qui savait que « vivre ne suffisait pas, que vivre sans l’esprit et sans la beauté n’était pas vivre », forment un éloge tendre et bienveillant. Et c’est cet éloge qui, justement, est mis en scène au Théâtre Antoine Vitez d’Ivry, dans un décor minimaliste mais évocateur et dit avec justesse et émotion par Isabelle Fruleux. Un jeu tout en finesse, en clin d’œil aussi, brillant et intelligent. Mieux encore, il est mis en musique, mais de manière pertinente, sans qu’il soit encombrant ou trop affilié au Voodoo Child.
A l’arrière de la scène, deux musiciens, le compositeur du score de la pièce, Felipe Cabrera à la basse, et Vladimir Médail à la guitare, accompagnent l’actrice, proposant une bande-son originale où chacun y lira une manière de décor, un message aussi. Isabelle est-elle Lydie ? Est-elle Hendrix ? Sur scène, elle vous donnera la réponse.

Belkacem Bahlouli


© Stella Lannitto

© Stella Lannitto

© Stella Lannitto


Hymne, jusqu’au 31 janvier 2020, puis tournée. À découvrir en ce moment au Théâtre Antoine Vitez, 1 Rue Simon Dereure, 94200 Ivry-sur-Seine. Isabelle Fruleux : voix et conception / Felipe Cabrera : basse électrique et compositions / Vladimir Médail  : guitare / Claude Valentin : conception sonore / David Antore : conception lumière. 

« Un américain aux ascendances africaine, européenne et cherokee, issu des classes pauvres, leader d’un groupe majoritairement blanc devant un public qui l’est tout autant, revisite l’hymne national américain avec une telle virtuosité qu’il y laissera son empreinte. Dans un contexte violent de répression et de mobilisation contre la guerre du Vietnam, Hendrix s’adresse à son auditoire à travers le code commun des symboles patriotiques et leur fait dire autre chose. La pluralité y est vibrante, l’acte est ineffaçable. » (Isabelle Fruleux)

La rédaction de Rolling Stone a le plaisir de 
vous faire gagner 5×2 places 
pour la représentation du 30 janvier 2020 ! 
Pour participer, rien de plus simple 
que de suivre le lien ci-dessous :

jeudi 30 janvier 2020

RFI aime HYMNE...

... une lecture mélodieusement frissonnante de la destinée de Jimi Hendrix.


...un spectacle intelligent, sensible et utile.

https://www.facebook.com/250920961734989/






Un article de JOE FARMER journaliste à RFI et présentateur de l'émission 
L'ÉPOPÉE DES MUSIQUES NOIRES
https://musique.rfi.fr/

lundi 27 janvier 2020

Isabelle Fruleux, artiste de la Relation, artiste en relation




Le souffle d'Édouard Glissant

27 JANV. 2020 PAR THÉÂTRE D'IVRY BLOG : LE BLOG DU THÉÂTRE ANTOINE VITEZ


Laura Bini Carter, chercheuse états-unienne en anthropologie sociale était l'invitée du Théâtre Antoine Vitez le 15 Janvier dernier en prélude à la deuxième représentation d'« Hymne », adaptée du texte de Lydie Salvayre et mise en voix par Isabelle Fruleux.

Hymne © Stella Iannitto

Je suis heureuse d'être là ce soir pour échanger avec vous. Je remercie, Isabelle, le Théâtre Antoine Vitez et sa superbe équipe pour l'accueil chaleureux. Contrairement à beaucoup d'espaces « artistiques » de la région parisienne, j'ai trouvé dans ce lieu une bienveillance, une chaleur humaine, une conscience politique engagée, complétée par une qualité de programmation et de production artistique et intellectuelle remarquable. As it should be.

Nous sommes en banlieue, sur les marges diraient certains... fort heureusement car souvent c'est ici qu'on se retrouve habité par la « Relation », et conscient de cela ...

Je vais commencer par des commentaires et des réflexions. Ensuite, je vais essayer de relier les trois productions artistiques multimodales de la compagnie Loufried, à travers un fil personnel et engagé, pour que cette petite rencontre de début de soirée soit ouverture et Relation… Bien évidemment, par Relation, c'est à la Poétique d'Edouard Glissant que je me réfère. J’essayerai d'esquisser ce que me pousse à présenter ce travail artistique à travers cette poétique.

Avant de vraiment entrer en matière (sur les spectacles), quelques phrases sur ma présence ici comme anthropologue. Je précise que je fais partie de la sub-discipline qu’on appelle « Cultural Anthropology » aux États-Unis, qu’on peut traduire peut-être comme « Anthropologie Sociale » en France. Je travaille dans l'esprit de la public anthropology du CUNY Graduate Center, qui est une anthropologie dans et pour la cité ; elle est de facto « décoloniale ». J’ai choisi cette discipline car je voulais passer ma vie à découvrir les gens, à grandir avec et par eux.  Cette anthropologie n'est pas, bien entendu, à comprendre, au sens répressif ou redoutable[1], des premières ethnographies au service de l’état colonial. Je fais partie, justement, d'une génération et d'une tendance de jeunes chercheuses qui, non seulement critiquent ce passé de notre discipline, mais qui agissent dans le monde, et qui œuvrent pour qu’elle soit véritablement décolonisée et relationnelle ; pour que notre recherche soit toujours collaborative dans son travail pratique tout comme dans ses fruits, qu’elle prenne compte et se nourrisse des questionnements, doutes et expériences de nos interlocuteurs, que nos recherches donnent une place à ceux qui souffrent toujours des dégâts de la mondialisation initiée par la conquête et la colonisation.

Dans mon travail, je demande constamment ce qui anime les gens, ce qui pousse certains au patriotisme, certains à la révolte. Qu’est ce qui les conduit à s'exprimer par la musique, par le travail artistique ? Quelle combinaison de circonstances font qu'ils passent un message politique ou, au contraire, pourquoi ils trouvent refuge dans des formes abstraites d'art qui n’ont pour but que l’art en soi (art for art sake) ? Qu’est-ce qui pousse certains vers la recherche d'une racine unique, ou vers le renfermement sur soi ? Qu’est-ce qui en pousse d'autres à fuir toute contrainte d'identité collective ? Qu’est-ce qui fait « identité » pour eux, pour nous, aujourd’hui ? Et comment créer des imaginaires qui puissent donner espoir dans une identité pensée comme dynamique relationnelle ?

Cette question d’identité se dessine clairement dans la Poétique de la Relation de Glissant, opposant l’identité-racine à l’identité-relation. La Poétique de la Relation nous convie dans des espaces communs, tout en essayant de nous émanciper de « l’emprise communautaire » diraient certains. Aucun de nos États-nations n’a réussi à ouvrir les possibilités représentationnelles qui accepteraient cette identité-relation. C’est pour cela que les artistes sont importants : parce qu’ils peuvent façonner et changer des constructions individuelles qui pourraient s’étendre aux collectifs. Les défis artistiques et les vies humaines qui les inspirent peuvent nous éclairer sur les enjeux politiques et sociétaux qui nous entourent.

Il y a trois ans et quelques mois, le souffle d'Edouard Glissant habitait ce lieu, le Théâtre Antoine Vitez. Ce souffle transitait, reliait les êtres, les musiques, portait la parole : Les Indes, spectacle produit ici en mars 2016, a permis que je retrouve ce souffle, dans la voix d’une femme sortie du divers de notre Tout-monde, Isabelle Fruleux : un musicien, Sonny Troupé, me parle du spectacle et me dit de venir. Sonny était devenu un ami pendant mes années de terrain (et de vie) en Guadeloupe. Lui, qui part de son Tanbou Ka (tambour) pour s'ouvrir à toutes les musiques, était mon Legba (esprit vaudou) ce jour-là; lui qui exprime par son parcours la rencontre de générations, de passés militants-politiques reliés aux souffles artistiques. Il ouvre aux gens la possibilité de voir-sentir-vibrer autrement. Tout comme le fait  Isabelle, notre amie en commun. Il faut dire que derrière Sonny-Legba, il y a une famn potomitan (femme pilier de la famille), Man Troupé. C'est à Morne Valet (Saint-Anne), qu'elle me raconte cette complicité dans les vibrations du Ka. Cette grande femme qui a porté le combat de son mari, de son pays, a tissé un lien à travers l’Océan Atlantique et m’a fait rencontrer son fils… Que Man Troupé, soit ici honorée, tout comme Nora (Grand-mère de Jimi Hendrix), que vous allez rencontrer ce soir (en tant que personnage ndlr). L’Histoire les a souvent reléguées dans l’ombre. L’art est capable de laisser leur lumière passer à travers chacun de nous.

Je veux aussi souligner que je ne suis pas du tout une Glissant expert. J’étais simplement une petite étudiante en licence quand je suis tombée sur la Poétique de la Relation. Depuis, elle m'habite. La définir est un défi, car elle est précisément  une lumière qui berce le monde, mais qui ne peut pas être captée. Elle s'exprime, tout simplement. La Relation, pour moi, c’est se retrouver. C’est se construire sur d’autres bases que celles de la race, la nation, la religion. S’il y a identité, c’est en constante transformation. Elle ne se fige pas. 

J’ai la fortune d’avoir des familles-rhizomes (faites de racines multiples), éparpillés aux Amériques, qui m'ont permis de nourrir la soif de connaître le Tout-monde. Elles m’ont « condamné » en quelque  sorte à une errance-à-vie. Mon lien avec Édouard Glissant, tout comme mon lien avec Isabelle Fruleux, s’est dessiné comme une complicité dans un constant désir de relation. L’œuvre de Glissant m’a poussé à aller vivre en Caraïbe. Quatre ans après, je me retrouve au CUNY Graduate Center. Un heureux hasard fait que cette année-là, la santé d’Edouard s'améliore et qu’il y revienne donner des cours. J'étais à sa gauche, dans notre petite salle sans fenêtres, sur 5th Avenue, tout comme dans nos ateliers-poésie du vendredi après midi à Washington Square… jusqu'à ce qu'il parte ô filao.

Aujourd’hui je suis heureuse de constater un engouement pour les idées de Glissant, dans les médias, dans l'espace public, mais je constate par contre, parfois, que ses mots servent comme des clefs de communication vidées de leur âme. Les références aux concepts de Glissant peuvent servir pour envisager une politique culturelle qui se fixe pour tache de faciliter la Relation, contribuant à ce que les créations « aux marges » soient entendues, soient offertes à leur juste valeur. On pourrait commencer à faire tomber des murs ! C’est après tout cette création qui, depuis les marges, nous guide vers (pour ne pas dire prophétise) un monde en constant Tremblement. Que l’on soit clair, la force de cette poétique  pour moi, réside aussi bien dans sa capacité à toucher diffèrent types de publics que de s'ouvrir à tout et chacun. J’avais 20 ans quand j'ai rencontré la Poétique de la Relation. Elle ne m'a pas changé. Elle a simplement rassemblé en moi ce qui me faisait vibrer, ce qui me conduisait à chercher dans la rencontre avec les autres un échange profond et humain. C’est précisément cela qui fait sa force : elle nous laisse trouver en nous-mêmes des outils pour nous émanciper et ensuite, pour nous retrouver dans les autres, et nous donner aux autres, sans nous perdre. Elle fait tout ça, sans nous dicter, sans nous faire de la morale. « Freedom is a constant struggle », pour reprendre la phrase d'Angela Davis. La liberté n'est jamais acquise. Pour Glissant comme pour Chamoiseau et tous ces penseurs de la Relation, l’émancipation commence par un imaginaire libre qui doit être incarné et jamais figé.

LES INDES - FRÈRES MIGRANTS – HYMNE

Les dernières créations de la compagnie Loufried, une intuition triptyque pour l'humanité ? On pourrait se le demander. Isabelle Fruleux, artiste de la Relation, artiste en relation constante, a cheminé pour arriver à cette composition de trois pièces. Trois pièces qui tiennent parfaitement ensemble. Toutes pluridisciplinaires. Ces trois pièces marient les trois espaces qui nous lient : la Caraïbe, l'Europe et L'Amérique du Nord. Mais elle ne les a pas pensées ensemble par avance. Au contraire, à petit pas, par surgissements. Les Indes, Frères Migrants, Hymne – Ces espaces communs nous ouvrent à des sensibilités du monde. Ils évoquent. Ils ne racontent pas. Ils déclenchent des images dans les esprits …

Comme Isabelle me l’explique, « dans chaque spectacle, les éléments sont placés, mais après c’est la relation tissée entre la comédienne, les musiciens, la lumière, le public, qui fera venir les surgissements ; l’imprévu ; les connections qui en fondent chaque singularité, tout ce que personne n’attend, même pas ceux qui ont soigneusement placé les dits éléments.  C’est pour cela que les musiciens, dans chaque pièce,  sont des voix qui interrogent, qui cherchent, qui mettent en relation. »

LES INDES

J’entends Édouard dire, avant de nous lire La Conquête, (un des chants des Indes) : « Les Indes c’est le contraire de l'épopée colonialiste ; Les Indes c’est l’épopée anticolonialiste!!! » Il nous répétait plusieurs fois : « Attention ! il ne s’agit surtout pas de raconter des histoires ! »  Du spectacle, Les Indes, Isabelle nous dit, « le jazz dans son ouverture permanente aux autres formes musicales, et donc culturelles, en est l’esprit et le vecteur. Le jazz depuis sa naissance en terres d’esclavage se compose dans la rencontre. Avec l’altérité comme impulsion créatrice, le jazz ouvre en nous un territoire libre! » Les Indes, tout comme Frères migrants, et Hymne, c’est une poésie mise en scène et en musique. On y navigue, rythmé par les mots choisis, les vibrations et les sonorités. Cette transmission orale, Isabelle l’explique, inspire ainsi des thèmes musicaux et des ambiances acoustiques dont on fera l’expérience ce soir.

FRÈRES MIGRANTS

Ce texte de Patrick Chamoiseau, mis en voix et en musique par Isabelle Fruleux et Felipe Cabrera, nous parle de cette « Méditerranée Noire » (Mbembe), cette mer qui « concentre » (Glissant), rejoins la mer caribéenne archipélique, dans un imaginaire ouvert à la Totalité-monde…Le Cimetière Atlantique se rejoue, tragiquement, et si près des côtes Européennes cette fois ci.  Mais dans cette morbidité du cimetière il ne suffit pas de dénoncer le néolibéralisme, et les politiques inefficaces. Il faut des esprits poétiques pour peindre un horizon et un espoir pour vivre autrement… pour vivre en Relation constante, à chercher des solutions pour mieux accueillir, pour retrouver l’humain. Frères Migrants, c’est un appel au droit et à la célébration de cet aller-venir-dévirer. Comme Patrick nous le dit, « Frères Migrants sert à déclencher des images, des couleurs, un désir de solidarité. » C’est cette esthétisation du phénomène migratoire, de l’émotion esthétique, qui peut, rappelle Patrick, « nous ouvrir pour imaginer des nouvelles conceptions politiques. » Les poètes déclarent…

HYMNE

Vladimir, (que vous allez entendre à la guitare ce soir) nous le dit clairement : « Hymne n’est pas l’histoire de Jimmy Hendrix ». Ce n’est pas « une histoire » tout court. Il ne faut pas s’attendre à ça, ce soir. Hymne parle de notre passé qui se revit de manière plus terrifiante aujourd'hui. Elle parle de mon pays. Elle parle de votre pays. De cet Atlantique qui nous lie. Des ancêtres arrachés ; des ancêtres dénigrés.

1967 - 1968 - 1969

Des années qu'il faut absolument comprendre ensemble pour saisir ce qui nous a créé. D’un empire à un autre ; d’un massacre à un autre ; d’une révolte à une autre. Aujourd’hui et à jamais liées. C'est cela que Hymne évoque, à travers des mots, des gestes, des rythmes et des sonorités. Comme le dit Felipe depuis son propre imaginaire cubain, « d'une Amérique génocidaire, qui passe aussi bien à travers la musique de deux compositeurs Copland et  Strauss ». On pourra les entendre como una réplica lejana sur laquelle Felipe compose tres temas. La musique que vous allez entendre ce soir, c'est la sienne. D'une mémoire traversée par cette expérience-Hymne vécue ici, avec ces êtres-créateurs, et conçue pour nous tous. Le texte de Lydie Salvayre est un hommage à Hendrix; c'est une histoire Américaine, décentrée. The Star-Spangled Banner, rempli d'un sens nouveau, révolté. Le texte décrit la portée libératrice de l'acte artistique de Jimmy. Isabelle, Felipe et Vladimir l'incarnent, nous mettant tous en Relation pour notre aujourd'hui et notre demain.                 

Laura Bini Carter, 15 Janvier, 2020, Ivry-sur-Seine

PS: les concepts propres à Édouard Glissant sont identifiés par l'usage d'une majuscule (Relation, Tout-monde, Tremblement)

[1] Comprendre des cultures fut alors plus gratifiant que découvrir des terres nouvelles.

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samedi 28 décembre 2019

Jimi Hendrix par Lydie Salvayre


« 1969, l’Amérique est prospère. les jeunes Blancs de la middle class découvrent en même temps les joies de l’abondance et l’asservissement que l’abondance induit.

1969, l’ultralibéralisme n’en est qu’à ses débuts mais il se prépare au triomphe avec beaucoup de soin.

1969, en France on se remet des manifestations monstres qui ont secoué les villes au mois de mai de l’année précédente. On craignait le chaos, ce fut une récré. 

Nos rêves sont soldés. »
HYMNE 
conçu par Isabelle Fruleux d’après le texte de Lydie Salvayre, 
du 16 au 31 janvier au Théâtre Antoine Vitez-Scène d’Ivry


jeudi 28 novembre 2019

Jimi Hendrix par Lydie Salvayre : HYMNE


Jim Hendrix, né le 27 novembre 1942 , mort à 27 ans le 18 septembre 1970.
« Il était timide.
Il avait le charme efféminé des timides.
Leur douleur.
Il approuvait courtoisement les conneries qu’on lui expliquait plutôt que d’en débattre. Il était incapable de dire non. Il était incapable de soutenir un regard hostile. 
Lorsqu’il parlait il mettait sa main devant sa bouche, comme pour s’excuser de l’ouvrir.
Il l’ouvrait peu.
Sa réserve était son inclinaison naturelle, et sa morale. 
Il ne savait pas déchiffrer la musique; Il était infoutu d’écrire et même de nommer les formes musicales inouïes qu’il inventait. Le sentiment de cette incapacité aggravait considérablement sa timidité naturelle. Lorsqu’il se vit contrait d’avouer à Miles Davis (lequel lui avait transmis une de ses compositions en signe d’amitié), lorsqu’il se vit contraint de lui avouer qu’il ne savait pas déchiffrer sa musique, il eut envie d’entrer sous terre. Et d’y rester.
Il fut le 18 août 1969 l’audace même.
Il fit ceci, il s’empara de l’Hymne et il le retrouva.
Il eut ce front.
Il prit ce risque. »

HYMNE d’après Lydie Salvayre, du 16 au 31 janvier au Théâtre Antoine Vitez Scène d’Ivry, avec Felipe Cabrera à  la basse et aux compositions, Vladimir Médail à la guitare, Coline Dalle aux costumes, David Antore à la scénographie et aux lumières, Claude Valentin au son, Carl Carniato à la vidéo et l’équipe du théâtre Antoine Vitez qui nous accueille en résidence.

Les détails sur le site de la Compagnie Loufried : 





dimanche 13 octobre 2019

L'HYMNE d'HENDRIX d'après LYDIE SALVAYRE




 « Hendrix se risqua, ce matin du 18 août 1969, à Woodstock, à dire le monstrueux de l'Amérique dont les Américains étaient à la fois victimes et complices.
Il se risqua à mobiliser sa mémoire et révéla des pans d'une Histoire passée et présente que l'Amérique vertueuse escamotait ou enterrait.
Et son geste prit valeur d'exorcisme. »

Mon nouveau projet, une mise en scène et musique du texte de Lydie Salvayre HYMNE, sera en résidence au théâtre Antoine Vitez d'Ivry en fin d'année. Retrouvons-nous aux premières, du 16 au 31 janvier 2020 !
Nous aurons aussi des étapes en Aquitaine en 2020. A Bordeaux, en mai au Glob Théâtre, au Café Music de Mont-de-Marsan puis au Rocher de Palmer de Cenon en décembre... notre tournée est en cours de programmation, je vous en reparlerai bientôt !

mercredi 13 février 2019

FRÈRES MIGRANTS d'après Patrick Chamoiseau

"Le chemin par lequel on frappe l'Autre est le même que ceux-là qui direct touchent à soi"
Frères Migrants de Patrick Chamoiseau

Le 23 février à la médiathèque François Mittérand de Poitiers


jeudi 7 février 2019

FRÈRES MIGRANTS, Patrick Chamoiseau


 FRÈRES MIGRANTS 
d'après Patrick Chamoiseau, avec Felipe Cabrera ( contrebasse) Laurent Maur (harmonica chromatique)
 (http://compagnieloufried.free.fr

Nous serons à Paris, le  vendredi 22 février à l’espace Cardin du Théâtre de la Ville
https://www.theatredelaville-paris.com/fr/spectacles/saison-2018-2019/temps-forts/voix-de-femmes-soiree-musicale

Je réponds ici à l’invitation de Abd Al Malik, artiste associé au Théâtre de la Ville, et j’en suis très honorée.
« Les poètes déclarent qu’une constitution nationale ou supranationale qui n’anticiperait pas les procédures d’accueil de ceux qui passent qui viennent et qui appellent contreviendrait de même manière à la sureté de tous » 



samedi 2 février 2019

FRÈRES MIGRANTS de Patrick Chamoiseau à Poitiers

" Citoyens de cette Mondialité (qu'ignorent toujours les géographies capitalistes), les voici inclassables - à la fois clandestins bannis expulsés expurgés exilés désolés voyageurs tapageurs réfugies expatriés rapatriés mondialisés et démondialisés, dessalés ou noyés, demandeurs d'asile, demandeurs de tout ce qui peut manquer aux vertus de ce monde, demandeurs d'une autre cartographie de nos humanités! " Frères migrants de Patrick Chamoiseau, Seuil éditions

Le 23 février 2019 à la médiathèque François Mittérand, 
4 rue de l'Université 86 000 Poitiers 05 49 52 31 51
Entrée libre et gratuite


Avec Isabelle Fruleux (voix) Felipe Cabrera (contrebasse) Laurent Maur ( harmonica chromatique)


mercredi 5 décembre 2018

les AOC de l’égalité à Mont de Marsan

Demain, le 6 décembre, 
pour les AOC de l’égalité, 
nous donnerons voix et musique aux mots de 
Patrick Chamoiseau, 

FRÈRES MIGRANTS

« Faire minaret de l’Asile, 
cathédrale du Refuge, 
temple de la Bienveillance, 
ce sont nos dignités. »

 Avec Felipe Cabrera à la contrebasse et aux compostions 
et Laurent Maur à l’harmonica chromatique.


samedi 17 novembre 2018

PARCOURS DE MIGRANTS

A Valenton, dans le cadre de PARCOURS DE MIGRANTS, 
du 17 novembre au 1er Décembre, 
une soirée sera dédiée à Patrick Chamoiseau le 24 novembre. 
Elle commencera par une rencontre avec l’auteur et sera suivie d’une programmation de Frères Migrants. L’évènement annonce un beau programme avec une exposition, la projection du film « Des étrangers dans la ville » de Marcel Trillat, en sa présence et celle de représentants de la Cimade. Il y aura aussi une journée professionnelle, elle est hors programme mais je l’applaudis fortement: pour recevoir, conseiller et orienter les publics migrants, l’équipe de la bibliothèque de Valenton organise, avec l’association des médiathèques du Val de Marne, une réunion avec le personnel des bibliothèques pour se préparer à cet accueil. Une très belle initiative! Il y aura aussi une conférence de Claire Rodier, juriste au Gisti, sur son livre « Migrants et réfugiés: réponse aux indécis aux inquiets et aux réticents » dans lequel le refus de l’accueil perd point par point sa crédibilité et où l’on rappelle, entre autres, mais pourquoi devons-nous encore le rappeler???, que la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948 s’est constituée contre les horreurs de la seconde guerre mondiale pour reconnaitre des droits fondamentaux à TOUS les humains, comme: le droit de ne pas être torturé, le droit de circuler librement, celui de vivre sans persécution, celui de vivre… 
Ami-e-s, Valenton, c’est tout près de Paris!


http://biblio-valenton.fr

« L’Europe envisagée comme solitude au monde!
L’Europe, amputée de sa propre mémoire, se voyant née d’elle-même, se nourrissant d’elle-même, achevée en elle-même sans besoin de l’humain!…
Pourtant, en son sein même, l’imprévisible surgit. » 

FRÈRES MIGRANTS 

de Patrick Chamoiseau 
avec Isabelle Fruleux (conception, voix) 
Felipe Cabrera (composition, contrebasse) 
Laurent Maur (harmonica chromatique).


jeudi 8 novembre 2018

AOC de l’Égalité

Nous faisons partie des AOC de l’Égalité avec FRÈRES MIGRANTS, de Patrick Chamoiseau. Je vous invite à découvrir toute la programmation de cette édition 2018: https://aocegalite.fr/presse-2018/. Elle est riche et variée, il y en vraiment pour tous et les lieux couvrent toute la Nouvelle Aquitaine. Quinze jours d’événements, du 23 novembre au 7 décembre, en faveur de l’égalité des droits. Il y a de quoi faire...allons-y! Je suis honorée d'y retrouver Abdellatif Chaouite avec qui nous partagerons la soirée. Auteur de nombreux articles et d'essais sur l'émigration-immigration et sur l'interculturalité, rédacteur en chef de la revue Écarts d'Identité, Abdellatif Chaouite nous donnera son éclairage en lien avec notre programmation. Le pilotage des AOC nous rappelle le patrimoine commun chanté haut et fort par le regretté Rachid Taha et demande si tout le monde est là pour s’en souvenir. Si, on s'en souvient, nous y serons le 6 décembre au Café Music de Mont-de-Marsan et c’est une joie!


samedi 20 octobre 2018

LA VOCATION D’UNE NATION...

"LA VOCATION D’UNE NATION EST ICI D’ACCUEILLIR TOUTE LA MISÈRE DU MONDE DONT LA RENDENT COMPTABLE SON EXPÉRIENCE, SON AMPLEUR FONDATRICE, SA DÉCENCE HISTORIQUE! » 
Patrick Chamoiseau

FRÈRES MIGRANTS de Patrick Chamoiseau, mis en voix par Isabelle Fruleux
Accompagnée par Felipe Cabrera aux compositions et à la contrebasse et Laurent Maur à l’harmonica

Demain, 20 octobre, à l’opéra de Limoges

Le 11 Novembre à Marseille, au Mucem, en présence de Patrick Chamoiseau
Le 1er décembre à l’Espace Malraux de Joué-Les-Tours, en présence de Patrick Chamoiseau
Le 6 décembre au Café Music de Mont-de-Marsan
Le 23 Février à la Médiathèque de Poitiers


lundi 30 avril 2018

FRÈRES MIGRANTS de Patrick Chamoiseau

FRÈRES MIGRANTS 
le 12 mai à Nantes, dans le cadre d’un évènement officiel programmé par la ville, je serai à Nantes, avec Felipe Cabrera aux compositions et à la contrebasse, Laurent Maur à l’harmonica chromatique et Claude Valentin à la conception sonore. Avec en première partie « La parole au krakatoa », un hommage à Aimé Césaire par la Cie Borborygmes, le tout orchestré par Gerty Dambury en présence des invités d’honneur, Patrick Chamoiseau, Achille Mbembe et Abd Al Malik, musique et paroles ouvertes!
https://completement.nantes.fr/agenda/les-fils-de-la-foudre

jeudi 8 mars 2018

Printemps des Poètes 2018

Ménerbes, vendredi 16 mars



Date suivante de FRÈRES MIGRANTS, avec Felipe Cabrera à la contrebasse, Emilie Calmé à la flûte traversière et Isabelle Fruleux à la voix, le 21 mars à Marseille, 16h45 au Cinéma Le Miroir, Centre de la Vieille Charité:
Frontières & Imaginaires migratoires
une journée coordonnée par Aurélie Fillod-Chabaud (sociologue) émilie Goudal (Historienne
de l'art), Emmanuelle Hellio (Sociologue), Juana Moreno (ANTHropologue), Élise
Olmedo (géographe) et Farida Souiah (politologue).


dimanche 14 mai 2017

FRÈRES MIGRANTS de Patrick Chamoiseau

"Voici que revient cette triste formule: nul n’a vocation à accueillir toute la misère du monde. Il n’y a là qu’un insipide qui s’offre à leurs indifférences. La mondialité, elle, nous murmure qu’il n’y a rien à accueillir en dehors de soi-même. La menace ne provient pas de l’extérieur de ceux qui parlent ainsi. Elle est en eux. Elle se tient dans ces contrées qui, en chaque nation et en chacun de nous, sont devenues inaptes à ce qui reste vivant. Une Nation gagne à retrouver les ardeurs qui toujours ont présidé à sa naissance." 
FRÈRES MIGRANTS de Patrick Chamoiseau. Seuil Editions

Les prochaines dates:

Pessac le 21 mai au festival La grande Evasion à 14h: Frères migrants, lecture par Isabelle Fruleux suivie d’une rencontre avec Patrick Chamoiseau.

Suisse le 29 mai à l'université de Genève, 12h15:  Au congrès des vents  de Mireille Delmas-Marty, en présence de l'auteure, et  Frères migrants, lectures par Isabelle Fruleux . 
                le 29 mai Au Château Mercier (Sierre) pour les Rencontres Orient Occident à 19h30. Frères migrants: avec Isabelle Fruleux (voix) et Goran Stevanovic (accordéon).

Saint-Malo le 4 juin à 14h, au festival Etonnants Voyageurs: Frères migrants lecture par Isabelle Fruleux suivie d’une conférence de Patrick Chamoiseau.

Toulouse, le 23 juin à 19h30 au Marathon des mots. Frères migrants: avec Isabelle Fruleux (voix), Felipe Cabrera (contrebasse) et Laurent Maur (harmonica).

Avignon, le 21 juillet à 18h au Festival d’Avignon (In). Frères migrants: avec Isabelle Fruleux (voix) et Laurent Maur (harmonica).

Sète, le 22 juillet à 21h30 au festival Voix Vives en Méditerranée. Frères migrants: avec  Isabelle Fruleux (voix), Laurent Maur (harmonica) et Zacharie Abraham (contrebasse).